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19 avril 2012 4 19 /04 /avril /2012 17:14

Cette rubrique   présente l’ origine et le parcours du  Syndicat DPIO et surtout  les raisons de sa fondation.

Il comporte des textes statutaires rédigés tant sur la base  du vécu, qu’ à l’ appui  de la réflexion et de la connaissance historique et théorique du mouvement ouvrier. 

Ils sont introduits par un manifeste rédigé en 2003

Tous ces  textes, élaborés sur la période allant de 1993 à 2003, ont sans doute  vieilli du point de vue des faits.

Ainsi sont-ils à considérer à ce jour, plus comme les grandes lignes d’ un projet ouvert à toutes les forces honnêtes du prolétariat moderne que comme la description d’ une organisation achevée.  Ce ne peut-être en effet que le nombre, la détermination et la persévérance qui pourront donner corps définitif à cette entreprise.

Toutefois, le lecteur y percevra des principes incontournables pour sortir le mouvement syndical de  la faillite  actuelle et y rétablir l’ hégémonie du syndicalisme de classe.

Vus sous cet   angle donc, nos exposés n’ ont pas pris une ride mais au contraire, confirment toujours plus leur valeur.

 Bonne Lecture et peut-être, comme nous le souhaitons, Bienvenue dans le combat D.P.I.O

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25 mars 2007 7 25 /03 /mars /2007 13:12
 
                         L' URGENCE DE LA RECONSTRUCTION DU SYNDICALISME DE CLASSE
 
 
 
La situation générale de la classe salariée en arrive à un point où la conscience collective est véritablement en demeure de se ressaisir.
Parmi tous les thèmes qui travaillent périodiquement le mouvement social, prenons celui qui vient d’agiter l’actualité : la retraite.
Apparemment, les syndicats traditionnels, ancienne ou nouvelle peau, ont été sur la brèche.
Mais dans cet enjeu dont chacun a saisi la gravité et l’importance, faut-il que l’arbre de l’anémie revendicative continue à cacher la forêt ?
Cette nouvelle attaque n'aurait-elle tiré son audace que de la seule manipulation médiatique pour aboutir si facilement à son sinistre but ?
Ne faut-il se convaincre, plutôt, pour ne pas dire "une fois de plus", qu'autre chose agît de longue date dans le mauvais sens, comme une sape permanente de la conscience ouvrière : une espèce d'entente sur le fond, de diplomatie sociale secrète ?
 
Au-delà, donc, des gesticulations syndicales quasi rituelles auxquelles on a assisté, rodomontades et manœuvres habituelles de dédouanement des appareils mêlées à la colère ouvrière pour mieux la tromper, grand renfort de slogans revendicatifs sortis pour l'occasion de leur séquestre, ne convient-il pas de prendre un certain recul intellectuel pour examiner cette nouvelle phase sociale sous son aspect principal:   celui de la faillite syndicale avérée ?
Il faut faire l'effort de surmonter cette nouvelle agression, précisément pour ne pas en considérer l’épilogue comme irréversible, comme tant d'autres au cours des dernières décennies.
Car l’erreur serait de focaliser sur l’enjeu revendicatif lui-même, aussi grave fût-il, et ignorer ainsi la nature profonde de cette période historique.
Ce serait ne pas voir que l'issue négative de cette lutte était inscrite dans le scénario de la dégénérescence syndicale.
Ce serait oublier du même coup les deux années sombres du calendrier de nos faillitaires : 1993, 1995 qui y sont nécessairement associées.
Dans tous les cas on aura reconnu le schéma social inversé, inauguré depuis plus de vingt ans :
- le gouvernement et le patronat avancent leurs projets scélérats,
- des tractations plutôt nébuleuses s'en suivent avec ce qu'on appelle désormais " les partenaires sociaux",
- une fâcherie syndicale à effet essentiellement médiatique, enveloppée du verbiage conventionnel, authentifie les "rôles",
- enfin on opère l'usure systématique des combativités, se gardant bien de toute initiative d'unification.
Dans ce cadre, on laissera les appels et les initiatives d 'action venir des niveaux inférieurs, les élans et les mots d'ordre spontanés seront confinés à la base jusqu'à leur désamorçage, dans une pétaudière anarcho-syndicaliste de la plus belle espèce.
 
Dans ces conditions, n'est-il pas temps de comprendre qu'une fois de plus, la conscience ouvrière aura été abusée et son énergie dévoyée par des bureaucraties corrompues, simplement pour indiquer aux capitalistes et à leurs valets politiques, le terrain revendicatif susceptible du renoncement programmé des travailleurs ?
 
Résultat: toujours par les mêmes méthodes asphyxiantes (cloisonnement et absence de mot d'ordre général clair, dynamique et à la hauteur de l'enjeu), l’énergie de lutte aura été ainsi maintenue "sous contrôle", balisée d 'un côté par une signature CFDT avec l'encre de la honte, ce qui ne peut plus étonner personne, et de l’autre par un révoltant flirt public CGT avec les professionnels politiques de la trahison !
De ce point de vue en effet, qui n'a été scandalisé de la caution politique offerte au beau milieu du mouvement par un dirigeant syndical en vue à un parti dont l’œuvre politique majeure depuis plus de deux décennies a été d'abuser et de paralyser le mouvement ouvrier ?
 
Parallèlement, cette manipulation des forces sociales aura surtout donné l’occasion aux médias de mettre en valeur la substance qu'ils cultivent et dont ils se nourrissent principalement : le crétinisme public, toujours prêt à s'enrôler dans les sophismes de la classe dominante. Toujours ça de gagné pour le renoncement et la démobilisation !
 
La porte a été ainsi ouverte pour l'exécution des projets, sanctifiés par le moulin à parole du parlement.
Si l’on s'en tenait à l’aspect extérieur des événements, on ne pourrait démêler l'écheveau de la mise en scène.
Ne sera-t-il pas apparu çà et là sur le terrain, des airs d'authenticité ?
Ne semble-t-il pas tout bonnement que le camp de la résistance ait été le moins fort ?
Pourtant, comment ne pas comprendre dans son for intérieur ce qui a essentiellement manqué pour que la riposte soit à la hauteur du niveau d'agression :
le lien de confiance, l’unité, la fraternité et la solidarité ouvrières, conditions incontournables à toute mobilisation de masse, à toute bataille d'envergure ?
Quand la configuration socio-politique et les prétentions capitalistes appellent la préparation des forces de longue date, avec méthode et pugnacité, vers l’ensemble des travailleurs, quand il s'agit d'une contre-offensive générale, quand il s'agit de tenir bon tant qu'il faudra, que valent les forces éparpillées, sans mot d'ordre unificateur clairement affirmé ?
Tout juste bonnes, autrement dit, à redorer le blason de l’imposture syndicale !
Imposture qui finit par éclater au grand jour quand on apprend que les 40 annuités et plus étaient finalement l'évangile, avouée ou non, de tous ces faux amis, politiciens comme syndicalistes !
Mais là, de toute évidence, le mouvement réel semblerait objecter à la logique et au bon sens.
Le secteur privé serait devenu hermétique, insensible à ses intérêts de classe.
C 'est en tous cas ce que se sont évertués à accréditer les syndicats traditionnels depuis le coup de jarnac de 1993.
D'après le discours néo syndical, les travailleurs du secteur privé, en particulier le prolétariat industriel, se sentiraient en faiblesse, auraient désormais, pour ainsi dire, peur de la lutte de masse, au point de se laisser tondre jusqu'à la couenne !
Ainsi les salariés et fonctionnaires du secteur public en auraient été réduits "à la grève pour tout le monde", en l’occurrence pour récupérer les trente-sept annuités et demie !
De qui se moque-t-on ?
Voilà bien des boniments qui ne peuvent atteindre que les demeurés, les esprits vides de culture ouvrière.
N 'est-il pas évident, plutôt, que le coup de poignard dans le dos des quarante annuités en 1993 n'a pu réussir, précisément que parce que la rupture entre le syndicalisme véreux et les salariés du privé était déjà largement consommée ?
A partir de là, la voie royale n'était-elle pas ouverte, qui plus est par l’effet conjugué de la propagande anti-secteur public et anti-fonctionnaires, à l'animosité stupide entre les secteurs public et privé, et par voie de conséquence, au recul social assuré pour tout le monde ?
 
Par ailleurs, où est la position de classe (seule chose qui aurait encore donné quelques chances à la mobilisation générale) dans tout ce joli monde qui a entonné à l’unisson le cantique de la "réforme nécessaire pour les retraites" ?
La cause n 'est-elle pas déjà entendue quand on subordonne par principe le mouvement social à son minimum défensif, quand on le laisse à la merci de la division ?
On a entendu parler de négociations. Cette lutte n'aurait donc eu d'autre objectif que d'obtenir des négociations sur les régimes de retraite ?
Mais quelles négociations, et pour aller dans quel sens ?
La condition générale des salariés n 'a-t-elle pas déjà assez reculé ?
De surcroît, qui, pour un sujet aussi vital, avait donné mandat à ces oripeaux syndicaux, et surtout sur quelle base réellement ouvrière, c’est à dire offensive, progressiste, hors de toute concession au système ?
Du même coup, comment la question vitale posée pouvait-elle se satisfaire d'un système de luttes décousues, quand l'audace patronale se fonde précisément sur une situation de désorganisation et de désorientation ouvrière, œuvre du poison syndical REFORMISTE ?
 
La position de classe n'est-elle pas abandonnée dès lors que l'on se contente de tancer par des discours d'épicier une société qui peut honorer le parasitisme de l'actionnariat, du dividende, y compris pour ceux des salariés qui voudraient bien s'y adonner, mais qui prétend manquer de ressources conventionnelles pour financer la dernière tranche de vie de la population laborieuse ?
Ne sont-ce pas les mêmes qui pourrissent la vie des forces vives de la jeunesse aussi bien que celles de la force de l'âge, par le chômage, la précarité, la dureté croissante des conditions de travail et d'existence pour tous ?
Mais le comble est encore que derrière les boniments sur le rapport entre actifs et retraités, se cache le vrai mobile de la classe capitaliste, du patronat en difficulté, précisément, avec le taux général de profit et la frilosité des capitaux qui en découle: aller toujours plus loin dans la liquidation de la partie du salaire dite "indirecte”, c’est à dire ni plus ni moins sa partie collective, par son absorption régressive dans un bloc salarial unique libéré de tout principe mutualiste.
Peut-on imaginer un seul instant que la répartition du revenu social entre salaire et profit capitaliste puisse se déconnecter de la lutte de masse pour se bricoler à posteriori, plus ou moins " à l’amiable", dans des bavardages à huis-clos ?
 
Dans un contexte général de misère de l'intellect ouvrier, que de vérités essentielles masquées par les sentences de la pensée officielle et de ses lèche-bottes !
Parmi ces vérités, la rigueur de l’été 2003 en a rappelé une avec un relief des plus saisissant : les maisons de retraite, les hôpitaux etc. dans la dèche, les anneaux à 100 000 Fr. par an pour les yachts de plaisance... dans l’insuffisance.
Autrement dit, au-delà de ses sermons jésuitiques, CETTE société montre son vrai visage : les dividendes sur l’escalier d'honneur, le social à la poubelle !
 
Raison profonde entre autres, pour laquelle, à l'heure où toutes les consciences honnêtes ont perçu plus que jamais la nécessité de la grève générale pour la référence commune aux 37 annuités et demie, ils concevaient en même temps avec amertume qu’une telle force sociale ne pût sortir d'un coup de baguette magique, du néant syndical
 
Par ailleurs, aurait-on oublié que la politique d'exonération, de cadeaux au patronat, vecteur redoutable s'il en est un contre le salaire indirect, a été cautionnée à plus d'un titre "sous couvert de la défense de l’emploi", et autre "compétitivité économique", par ceux-là même qui hurlent aujourd'hui avec les loups ?
Enfin, l'amnésie serait-elle si profonde, au point d’effacer des esprits que le premier politicien à envisager tranquillement toutes ces perspectives de liquidation ainsi que celles des quarante annuités et plus, ne fut autre qu'un certain Pierre BEREGOVOY !
Quand on raisonne ainsi on comprend mieux ce qui se cache derrière la terminologie facétieuse des "charges sociales" et autre "part patronale", ressassée depuis des décennies, ainsi que tous les efforts " d’allégement" dans ce domaine, œuvre constante de tous les gouvernements !
N'est-ce pas révoltant de voir au bout du compte tous ces milliards spoliés à la classe salariée, se transformer en ruines industrielles, délocalisations et autres tours de passe-passe capitalistes ?
Au total, avant même d 'aller se gargariser de critiques tautologiques sur le profit une fois réalisé, il faudrait déjà stigmatiser le racket permanent et croissant sur la masse salariale tant directe qu'indirecte, (idem pour les causes et ressorts réels du sous-emploi) précisément dans le seul souci du taux de profit !
En ce sens, pas plus que d'autres domaines revendicatifs vitaux, la bataille du taux et de la masse des salaires, (car c'est bien de cela dont il s'agît au fond), ne saurait se satisfaire d'une aumône de la fourberie syndicale.
Fourberie qui consiste visiblement à inféoder la lutte économique légitime de la classe salariée aux rites institutionnels du capitalisme.
 
La phase de lutte gréviste acharnée de la fin de l'année 1995 n'était-elle pas déjà sur cette sinistre longueur d'onde annoncée par le fameux plan Juppé et fidèlement observée depuis par le quinquennat de la sociale démocratie ?
La santé des salariés n'est-elle pas aujourd'hui sous la haute main du gouvernement et du parlement ?
Il n'est d'autre analyse possible en effet de cet épisode ancien que comme coup d'envoi de la main mise patronale et gouvernementale sur le salaire indirect, essentiellement dans sa partie santé à cette époque, et dans lequel l'agression contre les retraites déjà consommée pour le secteur privé ne dut son blocage qu'à une vigoureuse réaction du secteur public qui déborda momentanément les manigances syndicales visibles à l’œil nu.
Force est pourtant aujourd'hui de constater l’insuffisance, et surtout l'absence de suites de cette réaction, malgré ses forces autant effectives que potentielles.
 
 
Alors, comment réfléchir à tout cela, comment prendre le recul dont nous parlons ?
Précisément, il faut se rappeler que ce mouvement de 1995, à mis plus que jamais en relief le discrédit des dirigeants ouvriers en vue et de leurs appareils corrompus, et par-dessus le marché, sur la place publique !
On a su ainsi, plus seulement par la réflexion mais à la lumière des événements, que ce discrédit était devenu irréversible. La désaffection syndicale croissante n'a fait que le confirmer. Ainsi la molestation de Mme NOTAT,la dirigeante CFDT de l 'époque par ses propres troupes ne fut pas qu'un simple débordement d'esprits échauffés. Quant à la poignée de main simiesque "CGT- FO" de MRS VIANNET et BLONDEL, n' abusant que les naïfs, elle ne pouvait cacher la profondeur du malaise.
Au total, cet épisode de 1995, au-delà de son sabotage par les appareils traditionnels réussissant à étouffer toute mobilisation dans le secteur privé, était porteur au sein des masses en lutte, d'un fort symbole de rejet de la "collaboration", rejet qui pour être finalement épuisé dans la durée, n'en fut pas moins présent tout au long du mouvement.
Ainsi s'est exprimé au grand jour et à un niveau sans précédent, le conflit larvé qui oppose depuis le début des années 80 les énergies militantes honnêtes aux milieux d'intrigants que sont devenus les appareils syndicaux traditionnels.
Une tendance manifeste à l'auto organisation, quelque chose comme une sourde volonté de renouer avec les bases de l'héritage ouvrier marquait déjà profondément cet épisode.
Des dizaines d'assemblées interprofessionnelles sur tout le territoire exprimaient une claire aspiration à l’unité d'action et à la solidarité revendicative.
L'idée de la reconstruction, pour autant qu'elle ne pouvait encore s'affirmer au niveau nécessaire était bel et bien là en filigrane.
Au total, et au-delà du fiasco assuré par les bureaucraties syndicales officielles, au bénéfice de leurs prébendes, une précieuse expérience survit à ce mouvement, à la disposition des esprits volontaires et clairvoyants.
La phase sociale qui vient d'être vécue doit pour sa part accentuer et accélérer le mûrissement, la volonté ambiante de rupture avec le poison néo-syndical.
 
A l'heure où les attaques antisociales multipliées imposent des perspectives de lutte de grande envergure, (nouvelle attaque prévue contre la sécurité sociale, etc.), dans une société où le pouvoir politique quel qu'il soit, ne fera plus désormais qu'imposer les intérêts patronaux, il est vital de ne négliger aucun enseignement.
Ceux qui se sont exprimés dans le mouvement réel en 1993, 1995 et 2003, ramènent la réflexion au point de convergence de toutes les luttes morcelées et fourvoyées de toutes les revendications dévoyées et récupérées, en tout et pour tout, de tous les faux reflets du miroir de l'intérêt commun brisé par la trahison.
Et précisément, le nouveau recul social 2003 qui ne manque pas d'en annoncer d'autres pour les masses exploitées remet dans l’urgence à l'ordre du jour de l'actualité ouvrière la question de fond sur le marasme syndical.
Trop de graves échecs, trop de reculs de la condition générale des salariés, pour que tout cela ne soit nourri par la même constante.
 
 
Sur cette question, c'est vital, des millions d'esprits doivent basculer du doute dans la certitude. Car elle est le point de convergence de toutes les questions soulevées par des années de marasme, la question cruciale de notre époque, décisive :
-comment mettre fin à la situation contradictoire et profondément nuisible dans laquelle est enfermée la classe salariée : une énergie de lutte, un instinct de classe toujours vivace, mais une pensée sociale, une vision des intérêts fourvoyées, déstructurées, dévitalisées, donc vulnérable -.
La réponse à cette question est on ne peut plus claire :
la reconstruction de l'appareil syndical sur des bases indépendantes du système en place, le retour ferme et sans compromis à l'idéologie ouvrière, au syndicalisme de classe.
Ceci naturellement ne pouvant se faire qu'en constatant comme définitive et sans issue, la faillite historique des syndicats traditionnels, leur passage rampant au service de l’adversaire de classe, leur intégration totale aux mécanismes institutionnels.
 
La D.P.I.O, organisation fondée sur la rupture immédiate avec le "concordat honteux de 1981" a acquis une vision sans équivoque du mouvement social qui a suivi.
La déliquescence des syndicats, et partant, la mise à découvert de la condition ouvrière, n'est pas un hasard.
Voici donc plus de vingt ans que la Classe Ouvrière souffre d'amnésie historique, de perte d'identité, ceci la conduisant toujours plus à jouer, peu ou prou, le jeu truqué du capitalisme, dans l'espoir chimérique d'un redressement, d'une contrepartie qui ne viennent et ne viendront jamais et pour cause !
Tout se passe comme si, face aux ambitions dévorantes du capital, dictées par les affres de sa crise interminable, l’appauvrissement idéologique des masses était entré en résonance avec la dégradation de leur condition d'existence.
Ce phénomène dommageable se produit effectivement, mais il n'est pas le seul aspect de la décadence du mouvement syndical et surtout, il n'a rien de fatal ou d'inéluctable. Il ne sévit qu'en tant que phénomène organisé et alimenté par ceux qui sont devenus les "syndicats" officiels !
En fait, la société capitaliste qui a tant montré du doigt les "institutions syndicales d’État" d'une autre société, comporte désormais elle-même ces mécanismes sous une forme virtuelle.
Mais pour sa part, cette configuration ne résulte pas d'un bouleversement progressiste de la société, mais au contraire elle accompagne, elle alimente son pourrissement.
Globalement, on peu décrire le statut actuel des syndicats traditionnels comme celui d'instruments d'agitation et de cogestion pro-capitalistes.
Les principes du syndicalisme de classe, c'est à dire pour l'essentiel l'indépendance revendicative, ont été peu à peu édulcorés puis mis au placard.
Les syndicats traditionnels sont passés intégralement à la remorque du système économique et politique en place, assurant désormais une simple fonction d'adaptation sociale des salariés aux exigences du profit.
Tant par le discours que par les pratiques correspondantes, la conscience ouvrière a été intoxiquée et soumise de force aux modèles de pensée de l'intérêt privé.
Il y a à présent danger que la conviction sur la normalité ou la fatalité de ces modèles s'enracine dans les masses exploitées et ait le temps de faire des ravages durant des décennies.
Or, que convient-il de rappeler sur l'origine et le fondement du syndicalisme ouvrier, et parallèlement sur la notion d'idéologie ouvrière, afin, par la suite, de confronter ces éléments à l'évolution réelle des organisations syndicales en cause, au cours de la période qui nous concerne ?
Tout d'abord, il faut rappeler l'origine unique et fondamentale de tout le syndicalisme ouvrier : la lutte des classes dans la société capitaliste.
Le germe du syndicalisme ouvrier est effectivement contenu dans les principes même de cette société : face au caractère social du travail salarié, l'appropriation privée des moyens de production et d'échange, la constitution de ce fait d'un groupe social minoritaire, spécifiquement lié à cette propriété en tant qu'instrument d'exploitation du travail d'autrui.
En face de ce groupe dominant, la masse de ceux qui sont écartés de toute propriété réelle, c’est à dire réduits au strict cycle "production-consommation", consommation en tant que réparation nécessaire de leur force de travail.
Telle est la base économique, matérielle dirons-nous, de l'existence des deux grandes classes fondamentales de notre société : les capitalistes d'un côté, les prolétaires de l'autre.
On peut toujours ergoter sur cette terminologie, l'évolution des formes économiques et politiques dans les rapports concrets du travail, et les situations en trompe-l’œil auxquelles cette évolution peut donner lieu à telle ou telle époque, prétendre même comme les sycophantes du système, que la critique matérialiste du capitalisme serait dépassée.
Il n'empêche que la caractéristique essentielle du système, celle donc qui a conféré une dimension historique sans précédent à la lutte des classes, à savoir : la contradiction d'intérêts inconciliables, se confirme et s'accentue inexorablement.
 
Certes, il ne faut pas confondre ce mobile, cette cause initiale, commune à l'ensemble des ouvriers du siècle dernier, qui les amena à la conscience de leur situation de classe, et peu à peu à la nécessité de s'organiser pour la lutte économique contre leurs patrons, avec la traduction multiple qui s'en est exprimée très tôt dans la constitution des appareils syndicaux.
La tendance à la diversité dans le domaine de l'organisation n'a rien à voir avec une diversité foncière d'intérêts ou encore moins de positions économiques. Elle ne fait que refléter l'influence des variétés politiques de l'idéologie dominante, au sein même de la classe salariée, selon les périodes et les sensibilités de corporation, qu'elles soient collectives ou individuelles.
Au-delà donc de l'expression pratique et structurelle si variée qu'elle ait pu donner au cours de l'histoire, c'est bien le syndicalisme de classe qui peut être considéré comme la souche unique et légitime.
Sur cette souche qui a joué le rôle moteur très longtemps et pour le plus grand bien de la condition générale des salariés, on a vu peu à peu bourgeonner, certes, des rejets de toutes sortes.
Mais il n'en demeure pas moins que pendant plus d'un siècle, les principes de la lutte de classes ont influencé, voir dominé le fond de toute démarche syndicale quel qu'en fût la forme.
Cette analyse est naturellement applicable au plan international.
Le trade-unionisme des mouvements ouvriers anglo-saxons et germaniques, bien que divergeant du syndicalisme de classe n'a jamais pu pour autant échapper totalement à l'autorité morale du mouvement ouvrier mondial essentiellement présidé par la lutte de classes.
Et c'est bien là le nœud de la question posée actuellement à l'ensemble des salariés par un marasme syndical généralisé.
Aujourd'hui, la grande classe des salariés, toujours plus grugée, toujours plus spoliée, expropriée, dans le champ d'attraction de l'indigence sociale version an 2000, est poussée vers le vide idéologique absolu, dépourvue de toute défense sérieuse.
Abusée dans cette dangereuse posture par les malfaisances bureaucratiques, elle est mise à la merci de la classe dominante !
Est-il besoin en effet d'expliquer comment et pourquoi, de démontrer pour ainsi dire, que le syndicalisme de classe a été frappé de répudiation par l'ensemble des appareils syndicaux, et pour finir par ceux qui en avaient non seulement le droit mais aussi et surtout le devoir d'héritage !
Nommons ici la CGT dont les glorieux fondateurs du congrès de Limoges doivent se retourner dans leur tombe, au spectacle des guignols qui la dirigent aujourd'hui, à tous les niveaux, en total illettrisme idéologique.
Et la plus grande malhonnêteté de ces gens n'est pas encore cet abandon, aussi méprisable soit-il. Non, elle consiste plutôt à ne pas le dire franchement, à continuer au contraire d'usurper l'image historique ancienne tout en pratiquant une insidieuse et écœurante collaboration !
Mais quiconque réfléchit un tant soit peu aux méthodes et aux principes, du syndicalisme contemporain a tôt fait d'en démystifier l'essence :
                -primo, les syndicats traditionnels ont rompu avec toute stratégie de masse appelant nécessairement la promotion unique des revendications de classe, seules de nature à forger la solidarité et l’unité ouvrière, et partant, seules de nature à créer les dynamiques interprofessionnelles, alimentant l'élargissement des luttes aux plus grandes dimensions possibles mais seules surtout à créer et entretenir un rapport de force latent, dissuasif pour les ambitions patronales.
Au contraire, ils se sont employés à fragmenter le mouvement revendicatif. C'est ainsi qu’à une époque où non seulement la nécessité mais la possibilité de la grève générale sont ressenties au plus profond de nos intérêts vitaux, on les observe, cloisonnant et réduisant la lutte économique à de pitoyables jacqueries au jour le jour, entretenant ainsi un syndicalisme sans âme, un chaos “organisé ” complètement à la remorque des impératifs capitalistes.
De cette manière, s’est peu à peu construit un schéma parasite possible qu’il convient de dénoncer comme une puissante parade à la grève générale : la grève "généralisée", véritable négation de l'unité ouvrière, situation de triomphe du corporatisme où la lutte de tous, complètement atomisée, sans cohérence sociale, ne peut, en particulier dans les conditions actuelles, profiter à personne, n'étant en fait qu’une soupape de sûreté au mécontentement général.
Il est clair par ailleurs que ce schéma, quand il n 'en est le jouet, peut parfaitement être le fruit de la manipulation politique (nous parlons ici de la manipulation du pouvoir). A ce propos, l'effet de diversion de la réforme de décentralisation de l’enseignement par rapport à l'attaque sur les retraites n 'aura échappé à aucun esprit averti, pas plus que l’aparté évidente du conflit des intermittents du spectacle etc. aux suivants !
Autant de luttes vouées à l’issue du pétard mouillé !
 
                -secundo, les syndicats traditionnels sont complètement aliénés aux organismes économiques, institutionnels et patronaux (conseils de ceci, commissions de cela, jusqu'aux conseils d'administrations !) autant de moulins à parole capitalistes d'où ils ne sortent comme on le voit que pour leurs missions périodiques de sabotage en cas de débordement.
Foin, naturellement de leurs devoirs d'éducation ouvrière, d'animation de la réflexion et de l'initiative revendicative, conditions sine qua non de la solidité et de l'indépendance idéologique de la classe salariée et partant, du progrès de sa condition générale.
Partout dans toutes les corporations c'est le même schéma "ripou" qui dicte l’orientation du syndicalisme. Les mauvais coups patronaux ou gouvernementaux sont assortis au préalable d'une attention particulière en faveur des bureaucrates syndicaux le plus souvent avantagés ou préservés à l'avance sur les questions de carrière ou de salaire. Les connivences codifiées notamment à l’occasion de la casse du service public P.T.T sont édifiantes dans cet ordre d'idées.
De cette manière l'enjeu du syndicalisme traditionnel n'a plus rien à voir avec les intérêts de classe des salariés. Il n'est plus qu'un infect mélange de carriérisme ouvrier et d'intérêt patronal.
C'est ainsi que désormais, le sens du syndicalisme ne va plus des aspirations ouvrières à la lutte offensive, mais à l'inverse, des exigences patronales et des politiques gouvernementales à l'échec programmé de la lutte défensive !
 
Sans aucun rapport démocratique avec les intérêts ouvriers, ce syndicalisme consiste à naviguer entre la chèvre et le chou : d'un côté un minimum d'audience ouvrière pour justifier l'appellation et l'existence syndicale, de l'autre un minimum de considération des milieux patronaux et gouvernementaux pour garantir les conditions d'existence personnelle. On peut juger du résultat de cette macédoine !
D'ailleurs, il convient mieux dans ces conditions de parler de manipulation des vagues revendicatives, de jeu dégoûtant et malhonnête sur le mécontentement et la dégradation de la condition ouvrière.
Ainsi donc peut-on saisir le fondement véritable de cette espèce d'hypocrisie "démocratiste", se fondant dans les luttes en se défendant d'en assumer la direction, ni d'en impulser les mots d'ordre nécessaires : rien d'autre que la volonté pure et simple de les user, les torpiller, de les désamorcer au profit de calculs politiciens !
Combien n'a-t-on pas vu de luttes, autant sorties du néant que sitôt brisées dans leur élan et restées sans lendemain, sans parler de luttes purement folkloriques, telle que la dernière grève des routiers en 1997, visiblement orchestrée par les appareils véreux pour couvrir la duplicité et la cupidité des plus gros capitalistes du transport !
 
 
En définitive, le syndicalisme actuel ne déborde plus du terrain balisé par les maîtres du système en place et dont le credo intangible est la réussite ou plus exactement la survie obligatoire de l'économie de marché, le jeu forcé de la concurrence, de la compétition sans fin et sans issue, l'acceptation des ravages sociaux et humains qui en sont le prix, et au bout du compte : d'un côté l'enrichissement insolent d'une poignée de profiteurs et de l'autre la déchéance constante des masses exploitées.
 
Au surplus, au point ou en sont les choses, notamment en considération du phénomène général et massif de désyndicalisation il convient de s'interroger sur l'origine réelle des moyens et ressources des appareils actuels !
En tout état de cause, il est devenu absolument sûr que cette origine n'est plus strictement ouvrière et de loin !
Comment s'étonner dès lors de voir se multiplier tant d’accords scélérats, sur le temps et les conditions de travail, les formes de l'emploi développant l’aliénation, la dépendance et la précarité, et dernièrement la fameuse flexibilité qui n 'est autre qu'une soumission physique et morale des salariés aux exigences du profit, la baisse relative des salaires quand ce n’est pas leur réduction pure et simple sous les prétextes les plus fallacieux comme le soi-disant maintien de l’emploi.
Et l’on ne parle pas tant il y aurait à en dire de la "maniabilité" imposée désormais comme une espèce de fatalité, qui prend de plus en plus les salariés en tenaille entre l’A.N.P.E. et les trajets à rallonge ou la sarabande des délocalisations, le tout constituant peu à peu, tel un puzzle maléfique, la substitution d’une vie de serf des temps modernes à celle construite par plus d’un siècle d 'acquis sociaux vers le progrès !
Au total, n'est-il pas évident que ce qui préoccupe essentiellement ce sérail bureaucratique, c'est bien, disons, son "placement politique" dans le système et en aucune manière les intérêts et la condition générale de la Classe Salariée ?
 
A partir de tout ce qui précède, qui n 'enlève rien ni à l’urgence, ni aux nécessités revendicatives, on perçoit nettement que le centre de la réflexion ouvrière actuelle ne saurait se situer dans son cadre ordinaire, dès lors qu'il apparaît que ce cadre est embrouillé par la déchéance syndicale.
Il est incontournable désormais de se poser, en marge et avant toute réflexion revendicative, la question préalable de l’instrument de lutte, de l’outil syndical lui-même.
Il s’agît du point crucial de la reconstruction, à savoir : sa place et son intervention par rapport au mouvement réel.
Car si le processus de reconstruction par lui-même doit être continuel et indépendant de l’ambiance sociale, le recours au sigle servant à en affirmer l’existence et à faire école dans la perspective de l’unification, le terrain de la lutte ne saurait pour autant être déserté.
Mais il faut considérer la lutte revendicative comme un point d’appui pour la lutte idéologique au lieu de ce qu'elle est devenue aujourd'hui : un simple nutriment de survie pour l'imposture.
Dans ce cadre, la D.P.I.O s’assigne une tâche spécifique attachée à toute présence dans l'action revendicative concrète, et dont le "fil rouge" est la sape et la mise à l'écart des appareils périmés.
Il faut y promouvoir un certain nombre d'idées-force telles que :
- La dénonciation systématique de la faillite syndicale dont la cause évidente est l’abandon de l’héritage noble du mouvement ouvrier.
- La réactivation de cet héritage se situe désormais en dehors de l’espace matériel et moral des bureaucraties traditionnelles.
- L’héritage de cet espace, pour sa part, n’est plus qu’une dette monumentale.
- Les structures historiques du mouvement ouvrier ne sont pas tombées du ciel mais tout simplement apparues en tant qu'œuvre réfléchie des exploités eux-mêmes.
- Le simple bon sens dit qu’en ce domaine il n 'est aucune providence, aucun sauveur suprême.
- Il ne peut en être autrement de la reconstruction. Elle sera assurément l’effet de la conscience ouvrière active. Ceux qui en ont assez du marasme actuel ne doivent avoir aucune crainte de s’y engager.
 
L’organisation D.P.I.O assume avec tous ceux qui veulent y contribuer cette tâche pratique de la reconstruction syndicale, dans la préparation collective et l’appréciation des situations immédiates.
Sa présence dans les luttes se différencie donc de la simple signification revendicative.
 
L’état cadavérique des organisations traditionnelles est régulièrement démontré par l’insignifiance des actes au regard de la gravité des agressions qui s’accumulent contre le monde salarié.
Même le stade des scissions y est dépassé depuis longtemps. On ne pourrait y assister, tout au plus et sous couvert de duplicité rhétorique, qu’à des luttes de succession bureaucratique.
Le terrain de l’action peut donc être la circonstance propice pour faire prendre conscience que désormais la seule présence des sigles traditionnels et de leurs faillitaires n’est que poudre aux yeux, mystification et garantie de déconvenue.
La D.P.I.O agît pour la mise à l’écart de ces oripeaux en tant qu’ils constituent une nuisance foncière à la renaissance ouvrière, un obstacle majeur à l’indépendance de classe.
Ses membres influent autant que faire se peut, pour que tout mouvement où ils se trouvent impliqués où présents se donne sur place, tel une assemblée générale, sa propre représentation, ses propres responsables au niveau et à l’échelle appropriée, et excluant systématiquement du jeu les organisations et faillitaires sus- nommés.
A partir de là, la D.P.I.O incite à la création de permanences ouvrières durables et identifiables.
Au total, elle agît pour encourager, fixer et structurer durablement les énergies militantes repérables, dans une activité organique sous quelque forme que ce soit (ex : comités, cercles etc.), au-delà des phases de lutte proprement dites et dans l'indépendance des appareils de la trahison contemporaine.
En aucune manière et particulièrement dans les conditions actuelles, la D.P.I.O n 'impose son sigle. Elle ne fait que le proposer ou répondre à une demande éventuelle, l'essentiel étant d’œuvrer à toute création de permanence en rupture avec les organisations traditionnelles.
Il est à noter que cette méthode se démarque radicalement des fameuses coordinations qui s’avèrent par expériences des passades en trompe-l’œil quand elles ne sont pas des courroies de transmission de la diversion.
 
Ainsi la question n 'est pas de se soucier à priori du nombre et de l’influence immédiate de cette reconstruction mais plutôt de la juste direction qu 'elle doit exprimer.
Par ailleurs, pour faire pièce à la gabegie syndicale actuelle, les volontaires de la reconstruction ont un énorme avantage sur leurs "anciens" : ils ne partent pas du néant théorique et expérimental. Ils ont à leur disposition ce considérable héritage dont nous parlons, leur besoin étant seulement dans un premier temps de le réhabiliter.
 
Suite et fin dans article suivant....
 

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25 mars 2007 7 25 /03 /mars /2007 13:11

 

Pourquoi ce manifeste D.P.I.O en 2003 ?
Le lecteur pourra se demander comment une organisation fondée en rupture nette et franche et dès le début des dérives politico-syndicales que l’on sait soit encore à ce jour dépourvue de notoriété.
Cette interrogation comporte déjà en elle-même un élément de réponse sur l'intégrité de notre démarche : on ne peut confondre la lucidité de classe à l’origine de l'initiative D.P.I.O avec un quelconque opportunisme et encore moins avec les reconversions de dernière heure, quand l'odeur du milieu est devenue tellement insupportable qu'on est tout bonnement pris de panique. Et l’on sait aujourd'hui à quel point les milieux opportunistes d’hier fermentent de gesticulations, de démarcation, et autres tentatives de "repositionnement", tandis que le noyau de la trahison, comme cela était prévisible de longue date, avance inexorablement vers l'abîme.
Mais précisément, il découle de cette l'intégrité une contrepartie inévitable de difficulté à emporter l’adhésion en nombre des consciences.
 
Naturellement, aujourd'hui, alors que le doute n'est plus possible pour les esprits lucides et avertis sur la déconfiture patente des organisations syndicales traditionnelles, s'inscrivant au surplus dans une faillite générale et internationale des appareils et de l'ensemble du mouvement ouvrier, il paraît beaucoup moins risqué sur le plan intellectuel d'en parler, de le dénoncer.
Mais le lecteur avisé conviendra que la prise de conscience collective n’est pas aussi simple et rapide que l’on souhaiterait.
Le mouvement social apprend, assimile et avance à son rythme dans la continuité de l'histoire. Le rôle d'une organisation ouvrière de classe, quelle que soit sa dimension, n’est pas de fabriquer cette histoire, mais de la comprendre et de l’assumer, ce qu’ont fait les militants regroupés dans la D.P.I.O, à leur manière et dans leur modeste périmètre, comme d'autres probablement en d'autres lieux.
Mais aujourd'hui, l’état de la situation permet et impose à la fois de dépasser l’étape des petits groupes isolés.
Ce qui est permis et imposé à la fois à ce jour, c’est véritablement la RECONSTRUCTION, dans l’esprit où nous l’énonçons.
Car jusqu’à preuve du contraire, mis à part les constats critiques sur cette faillite, y compris au sein même des milieux considérés, il ne s’est passé rien de plus qui soit susceptible de libérer le mouvement ouvrier de l’emprise de la trahison.
 
Ignorer ou mépriser les initiatives militantes nouvelles n'est plus de mise, elles sont non seulement légitimes mais nécessaires. Il faut s’y joindre.
Sauf à persister dans le recul continuel de leur condition, les salariés, à commencer par les plus conscients, doivent se rendre à l'évidence, rompre avec la routine, répudier les illusions attachées à l'usurpation, la croyance au redressement possible des appareils déchus etc. et s'engager sans attendre dans la dynamique du renouveau historique.
En tout et pour tout, il est de la plus grande urgence que la Classe Ouvrière remette de l'ordre dans sa maison !
Pour comprendre ce qu’il faut faire, il faut d’abord comprendre ce qui s’est passé d’un point de vue matériel, c’est à dire au niveau du mécanisme et non au niveau des personnes, qu'elles aient été piégées où acteurs de la malfaisance, dans la tourmente socio-historique consécutive au "concordat" pourri de 1981.
Il faut tirer les leçons critiques sur le système, en observant le mouvement réel d’ensemble et non en jetant l’anathème sur les hommes.
En revanche, si l'anathème doit être exclu de l'analyse historique sous peine de la fausser radicalement, la sélection des membres s impose par la suite, pour ce que nous appelons " la reconstruction syndicale". Tant il est évident qu'on ne saurait reconstruire du neuf avec des matériaux récupérés dans les ruines !
Voilà à grands traits les bases de la reconstruction organisationnelle qui s'impose à la classe salariée de notre époque, en gros : se réapproprier son héritage galvaudé et lui redonner la vie neuve qu'il mérite.
Par ailleurs, cette reconstruction dont nous nous autorisons à avancer un certain nombre de principes directeurs intangibles, ne peut ignorer elle-même la lutte revendicative proprement dite. Mais pour en garder le contrôle et en évincer d’office les artisans de la trahison, elle ne peut l’assumer qu'à son échelle, au fur et à mesure de son développement, le souci de l’instrument devant toujours se placer devant.
C 'est à ce prix, c’est à dire à celui d'une démarche longue et difficile, et qui ne peut que s'appuyer sur les volontés militantes départies des attentes revendicatives pour l'immédiat, et seulement à ce prix que les errements de ces dernières décennies seront liquidés et ceux qui les ont conduits ou cautionnés, mis sur la touche.
Il est donc être clair que les succès ou échecs revendicatifs ne doivent en aucun cas interférer sur la volonté de reconstruire.
De ce point de vue, les années 93, 95 et 2003 rendent au monde du travail, au-delà même de leur défection , un service inestimable :
la réalisation par les faits d'une triple démonstration qui n 'attendra désormais que sa prise en compte pratique par les cercles militants.
En résumé :
 
1/ l'accomplissement total de la mutation des organisations ouvrières en instrument de contrôle et de soumission des masses exploitées au Capital.
2/ dans les conditions ainsi posées, l'impossibilité pour ces masses de se libérer de cette emprise conjoncturelle du Capital en dehors d'une rupture nette et franche avec toute la structure bureaucratique(c'est à dire les oripeaux du syndicalisme traditionnel).
3/ sous forme de rappel, l'impossibilité de tout succès, voire la vanité de toute action d'importance en dehors de la direction solide et déterminée d'une organisation permanente unique, vigilante, clairvoyante, honnête et dévouée, en quelque sorte à la fois l'esprit, la conscience et l'arme de l'ensemble des salariés.
 
Pour l’organisation D.P.I.O, la reconstruction d'une structure syndicale unique, signifie et implique :
- à la base, l’élaboration et la reconnaissance au-delà des corporations, d'une politique syndicale unique, d'une stratégie et d'une tactique de classe et de masse, définies d'une manière unique, par rapport aux bases historiques et scientifiques de l'idéologie ouvrière.
- corollairement la répudiation des revendications corporatistes ou à caractère coutûmier.
- la vision des luttes locales ou ponctuelles dans la stricte perspective de l’intérêt général et dans ces conditions la recherche systématique pour ne pas dire obligatoire, de leur élargissement.
- des dispositions nouvelles de contrôle démocratique, pour préserver l’instrument de toute déviation bureaucratique ou carriériste.
- selon ces critères exposés en détail par nos nouveaux statuts, l’avancée au plus vite vers l'objectif de la grève générale.
Dans ce projet, la classe ouvrière n 'a absolument rien à perdre.
Au contraire, quand on est conscient du principe historique selon lequel rien n 'est jamais définitivement acquis dans la société de classes, et que seul le rapport de forces est déterminant, on a toutes les raisons de considérer qu’il en est ainsi autant pour les reculs sociaux que pour les regains ou les progrès.
Ce n 'est donc pas pour rien qu’en cette année 2003, les dures réalités de la lutte de classes nous ramènent au ressaisissement raté de fin 95 issu lui-même du coup de poignard dans le dos de 1993 !
Dans ces luttes, la classe salariée de notre pays a exprimé un potentiel combatif remarquable, condamnant sans appel l’inanité des organisations traditionnelles et de leurs théories fumeuses et défaitistes sur la peur sociale des salariés, sur l’effet soi-disant dissuasif des "crédits" et autres psychoses de la vie “ moderne ”.
Mais du même coup il a souligné le vide de structure en regard de l'énergie en attente dans les masses, et par la même occasion, validé la notion surréaliste et complètement ridicule de la grève par délégation !
S'il est une nécessité mais en même temps un intérêt vital qui s’impose à des milliers de salariés conscients du marasme qu'ils vivent, c'est bien de tout faire pour combler ce vide, intégrer ces démonstrations et en combattre avec énergie tous les reflets pervers, dans les meilleurs délais.
 
Rompre avec les manigances et les calculs de ses cliques bureaucratiques anciennes ou postulantes,
qu’elles expriment les plans mafieux impérialistes de la maison blanche, les besoins européens ou nationaux de la bourgeoisie libérale, les hypocrisies humanistes du Vatican, les perversions congénitales de la social-démocratie, les rêveries anti-mondialistes manipulées par le petit capital, ou les intrigues des traîtres à la lutte de classe, la grande classe salariée dans son ensemble n’a pas d’autre alternative que cela si elle veut bloquer puis repousser les funestes desseins des prédateurs capitalistes pour repartir à la conquête d'une digne existence !
 
Il n'est pas pensable que la classe ouvrière n'ait pas de nos jours la capacité de se réapproprier son héritage, sa propre énergie, en vue d'assumer pour son propre avenir, en même temps que ses authentiques aspirations, la mission historique décisive qui lui échoit.
 
Il faut bannir la résignation, rejeter l'humiliation et l'intoxication de l'idéologie dominante. Il faut que la combativité redresse la tête, que la peur sociale change de camp !
C'est bien au service de ce noble projet que se réaffirme aujourd'hui l’organisation D.P.I.O, appelant toutes les volontés et sous toutes les formes possibles, à participer hardiment à ce grand chantier.
Vive la lutte de classe des salariés, offensive, conquérante, indépendante !
Vive la reconstruction syndicale !
 
 
 
                                               BUREAU CENTRAL DU SYNDICAT D.P.I.O 

                                               le 15 novembre 2003

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25 mars 2007 7 25 /03 /mars /2007 13:10

 

TEXTES STATUTAIRES FONDAMENTAUX DU CENTRE FEDERAL PROVISOIRE DES SYNDICATS D.P.I.O P.T.C.G (Postes, Télécommunications et Communication Générale)
 
 
BASES IDEOLOGIQUES, FONCTIONNELLES, STRUCTURELLES ET JURIDIQUES DE L'ORGANISATION.
 
 
PREAMBULE :
 
Après les nombreuses années d'expérience, de réflexion et de lutte sur le terrain dont il est instruit, et au regard de la faillite générale, à présent avérée et définitive des syndicats traditionnels, il apparaît aujourd'hui au Syndicat D.P.I.O la nécessité de création d'une structure élargie dans la perspective d'une fédération syndicale réhabilitant l'héritage du syndicalisme de classe.
Cette nouvelle initiative organisationnelle s'inscrit naturellement dans la tâche de reconstruction d'un appareil syndical permanent unique, honnête et réellement indépendant des contingences du capitalisme, qu'elles soient générales ou conjoncturelles.
Les présents textes en même temps qu'ils constituent une déclaration de création du Centre fédéral D.P.I.O en énonce les motifs, les buts et les moyens en trois parties.
 
I) L'exposé des bases idéologiques comprises et adoptées par toute organisation D.P.I.O.
II) L'exposé des objectifs revendicatifs immédiats et généraux ainsi que des méthodes, des principes et des moyens d'action.
III) La description structurelle et fonctionnelle du système fédéral D.P.I.O principalement en fonction de l'évolution en nombre et en audience de l'organisation elle-même mais aussi de la situation générale (syndicale et sociale) dans le secteur considéré et, accessoirement, ses rapports moraux et juridiques, internes et externes.
 
I- PREMIERE PARTIE :
BASE IDEOLOGIQUE DE L'ORGANISATION D.P.I.O.
 
ARTICLE I : Référence idéologique générale.
 
La période que nous vivons est particulièrement critique pour le syndicalisme ouvrier.
Bousculé par les remous et les incohérences de l'histoire du monde, désorienté par les volte-face, les capitulations et les trahisons de ses dirigeants en vue, autant que par la corruption de ses appareils à tous leurs niveaux, il est par ailleurs soumis à une pression sans précédent des forces patronales, pression qui vise ni plus ni moins qu'à installer dans le monde du travail l'idéologie du renoncement à l'émancipation humaine de la résignation et de la soumission définitive à l'exploitation capitaliste, en tant que finalité de l'évolution socio-économique de l'humanité.
Un certain néo-syndicalisme de collaboration, largement soutenu par l’argent et ses institutions, tente de s'imposer aux esprits, pour faciliter la liquidation progressive des conquêtes ouvrières, dans une espèce de retour au 19ème siècle nouvelle peau.
Mais à l'inverse de cette mode soutenue à bout de bras par le mensonge public, et cautionnée par des gens sans scrupule, la crise interminable, la misère rampante et massive engendrée par le système, enseignent à la classe ouvrière qu’aujourd’hui plus que jamais, le syndicalisme ouvrier ne saurait se définir en dehors de la perspective d'un changement fondamental de la société.
 
ARTICLE II : Définition des intérêts Ouvriers.
 
Les intérêts ouvriers sont liés indissolublement à une Classe Sociale définie dans la société actuelle: La CLASSE OUVRIERE MODERNE.
Cette expression mérite naturellement une explication de principe.
Depuis l'avènement de la société capitaliste dans laquelle nous vivons, la condition et la forme apparente de la classe ouvrière originelle évolue constamment.
Mais les principes économiques qui définissent et justifient l'expression elle-même restent absolument constants: le règne grandissant du travail salarié, la prolétarisation croissante de la société, c'est à dire l'expropriation inexorable visant les moyens de production et d'échange, au profit d'une minorité de possédants qui vivent de l'extorsion de la plus-value.
Ainsi, la CLASSE OUVRIERE MODERNE, seule créatrice de valeur, se définit-elle dans une analyse actualisée, au sein de la grande classe des SALARIES, travailleurs manuels ou intellectuels, constituant l'élément vivant de la production, de la circulation ou des services, et dont le point commun est l’expropriation, l’aggravation continuelle des conditions d’existence.
Les schémas de redistribution de plus-value, qu'ils affectent ponctuellement ou en permanence telle ou telle catégorie de salariés, qu'ils consacrent telle autre comme vigile du système économique, grassement rétribué, ne changent strictement rien à cet état de choses. Ils ne font qu’en édulcorer la perception dans les consciences.
Après comme avant, en réalité, la main mise sur la plus-value l'est à priori et selon le fondement de cette société par ce qu'on appelle, en opposition radicale d'intérêts avec les salariés: la CLASSE CAPITALISTE.
Dans ces conditions, les intérêts ouvriers ne sauraient se situer ailleurs que dans la définition des DEUX CLASSES SOCIALES FONDAMENTALES, lesquelles ne sauraient se définir autrement que par rapport à la production et la destination de la valeur et surtout de son excédent : la plus-value.
Il s'en suit que les INTERETS OUVRIERS sont étroitement et strictement définis par ce qui constitue les rapports généraux entre d’une part, l'ensemble de la CLASSE SALARIEE MODERNE et d 'autre part l'ensemble de la CLASSE qui domine effectivement la société, à savoir : la CLASSE CAPITALISTE.
Enoncés en termes essentiels, ces intérêts sont compris dans :
a)Le niveau moyen des salaires, à l'exclusion de toute considération de prime ou autre adaptation particulière du paiement du travail.
b) Le niveau et les conditions générales de l'emploi, dans son organisation sociale (durée de l’activité, articulation du travail avec les besoins et impératifs éducatifs, culturels, humains, sanitaires, physiologiques etc.) à l'exclusion des expédients politiques conjoncturels.
c) Les conditions générales de travail, embrassant naturellement les notions :
-de temps (qu’il s'agisse de la durée quotidienne ou hebdomadaire)
-de qualité, de rythme, d'intensité, d'hygiène et sécurité etc.
En définitive, la notion d'INTERETS OUVRIERS au sens strict, tels que les conçoit le SYNDICAT D.P.I.O, rejette catégoriquement tout ce qui peu procéder de rapports ou, plutôt, des "arrangements" patron-salariés particuliers, non applicables à l'ensemble des salariés, quelles qu'en soient les raisons, durables ou momentanées.
 
ARTICLE III : Rejet du Corporatisme.
 
Le syndicalisme actuel est totalement miné par le corporatisme, c'est à dire le principe systématique du morcellement et du cloisonnement de l'action, la lutte "dispersée", par opposition à la lutte de masse.
Mais ce corporatisme est sans aucun lien de parenté avec le corporatisme originel, spontané pour sa part et lié historiquement au sous-développement théorique de la classe ouvrière.
La grande noblesse et le grand mérite du corporatisme ancien fut en effet d’établir peu à peu les bases du syndicalisme de classe.
La grande honte du corporatisme moderne est de le renier, de le trahir.
Il consiste, précisément, en ce que les différentes catégories de salariés fourvoient et usent séparément leur énergie revendicative dans une vision étriquée de leurs intérêts, pratiquement dans un cadre imposé par les capitalisteset mettant peu à peu les salariés dans une diversité de conditions telle que la synthèse et l’unification des revendications, deviennent un problème inextricable.
Situation évidente de faiblesse et de vulnérabilité extrêmes pour la classe salariée tout entière.
 
Il n'a non plus rien de commun avec le droit légitime de sauvegarde des intérêts ouvriers ponctuellement menacés par l'audace de tel ou tel patron de choc, dans telle entreprise, dans telle branche, situation que l'on observait à l'occasion à l'époque antérieure, sous l'égide d'un syndicalisme sain et vigilant ; et enfin aucun lien de parenté avec l'expression d'un quelconque esprit d'avant-garde dans la lutte revendicative.
 
Non, à l'heure où la nécessité d'une levée en masse de l'ensemble des salariés crève les yeux, le corporatisme impose comme une espèce de "saupoudrage défensif" qui place systématiquement les travailleurs en position isolée donc en position de faiblesse, les conduisant dans le meilleur des cas à des négociations d'opérette pour des épilogues de dupe.
 On observe ainsi une absurdité sans précédent dans la situation du mouvement ouvrier : les salariés des diverses branches, des divers secteurs, des diverses entreprises, défaits les uns après les autres dans leurs intérêts communs, c'est à dire leurs intérêts ouvriers, et par voie de conséquence, un recul progressif et global de la condition ouvrière.
En fait, le syndicalisme actuel n'est rien d'autre que la négation théorique et pratique de 150 ans de LUTTE DE CLASSES.
La D.P.I.O proclame que ce syndicalisme qui professe et organise le corporatisme en tant que perversion voire destruction de toute conscience de classe, ne représente plus les intérêts fondamentaux de la CLASSE SALARIEE. Il est nécessairement passé au service de la CLASSE CAPITALISTE.
 
 
ARTICLE IV : La corruption idéologique dans le monde salarié.
 
 
- La question particulière des hiérarchies dans l'organisation du travail capitaliste.
 
 
Le comportement et la conscience des salariés à l'égard du fait syndical, dans la société capitaliste, sont étroitement liés à leur rôle et à leur position dans l'appareil économique.
Ainsi, qu'il s'agisse de la production de biens matériels ou de services, l'expérience indique une ligne de partage assez nette entre deux états d'esprit, se manifestant généralement l'un chez les salariés hors des fonctions d'autorité, l'autre chez les cadres.
Ces derniers se montrent toujours fortement influencés voire imprégnés, même dans la partie purement technique de leur fonction, par l'idéologie patronale, en tant que leur rôle consiste essentiellement, qu'ils en aient conscience ou non, à veiller à l'application des principes capitalistes d'organisation et de discipline du travail, c'est à dire à garantir le taux de profit maximum.
En fait, le rôle spécifique des cadres dans toutes les sphères de l’activité sociale et économique de notre société est celui d'instruments en prise directe sur les intérêts patronaux et strictement destinés à les promouvoir, en opposition radicale à ceux de la classe salariée.
"L'instrumentalisation" indiquée conduisant inéluctablement le cadre au parti pris pour l’exploitation capitaliste.
Naturellement, pour paiement de cette mission aussi précieuse qu’indispensable au système, le milieu des cadres reçoit peu ou prou une redistribution du profit selon le niveau de fonction.
 
Il faut toutefois considérer qu'un cadre (principalement au niveau inférieur des hiérarchies) puisse à titre individuel, échappant sous l'effet de son destin personnel à la nature politique de son rôle, mettre délibérément de côté ses considérations de carrière et adopter l'idéologie ouvrière comme référence de pensée et d'agissements.
Dans ces conditions dûment vérifiées, un cadre est à considérer exactement comme un salarié du rang et peut parfaitement être membre du syndicat ouvrier D.P.I.O.
 
Vu cette réserve, l’adhésion au syndicat D.P.I.O, libre pour tout salarié ordinaire, est nécessairement soumise à une ratification d'assemblée pour les cadres, étant entendu que la position professionnelle de cadre ne confère aucune discrimination, mais non plus aucune particularité revendicative, aucun rôle spécifique ou encore moins privilégié au sein du syndicat.
Cette clause des statuts ne constitue en soi aucune restriction quant à la défense et à la promotion des intérêts ouvriers en général, puisqu’elle intègre nécessairement tout cas de défense d’un cadre en butte à sa propre hiérarchie pour avoir pris lui-même fait et cause pour les intérêts ouvriers.
En effet, même s'ils en ont rarement conscience, les cadres ont, comme les travailleurs du rang, pour ceux qui se maintiennent en marge de l’inféodation ou de la propriété du capital, leurs intérêts historiques réels inscrits dans le mouvement ouvrier. C'est à ce titre qu'ils peuvent se trouver défendus dans certaines circonstances par un syndicat ouvrier.
 
- L’actionnariat ouvrier.
 
La crise persistante du capitaliste a un caractère éminemment structurel. Elle est essentiellement liée à des phénomènes scientifiquement analysés et démontrés, notamment la baisse tendancielle du tôt de profit entraînant la frilosité croissante du capital à s 'engager dans la production.
Bien qu’il soit complètement stupide d’imaginer la classe ouvrière achetant l’outil économique dans son intégralité ou peser d’un poids significatif sur les choses par une participation systématique au piège de l’actionnariat, le "court- circuit" entre la masse des salaires et le capital proprement dit offre malgré tout au patronat, selon les périodes, une marge de manœuvre non négligeable.
C’est ainsi qu’outre le marché de dupe économique qu’il est en réalité pour ses adeptes,(à l 'exemple des fonds de pensions de retraites combien d' arnaques ponctuelles du genre n' a-t-on pas eu l' occasion d' observer) il affaiblit d’une manière radicale l’énergie et les positions revendicatives de l’ensemble des salariés.
De ce point de vue, il est clair que l’actionnariat ouvrier ne constitue rien moins qu’une trahison de classe de la part de ses pratiquants.
Au total, soit consciemment et par malfaisance, soit par naïveté, il consiste ni plus ni moins qu’à passer une alliance avec la classe capitaliste pour l’abaissement de la condition ouvrière en général.
Pour ces raisons, aucun salarié s’inscrivant dans une démarche volontaire et délibérée de ce genre ne peut être admis au syndicat D.P.I.O.
Par ailleurs, la D.P.I.O. développe une action idéologique constante pour que tous les salariés rejettent résolument ce miroir aux alouettes et s’investissent de préférence dans la lutte organisée pour leurs intérêts fondamentaux.
 
 
 
ARTICLE V : Crise du capitalisme et crise du syndicalisme, la nécessité d'une pratique et d'un concept démocratiques nouveaux pour la classe salariée.
 
La crise du capitalisme que l'on vit depuis des années n’a rien à voir avec les accès de fièvre même les plus marquants, qui l'ont précédée dans l'histoire du système et de son développement.
C'est une crise butoir, crise d'une formation sociale qui ne peut plus retrouver ses marques antérieures et qui à cause de cela, appelle les masses exploitées à la fuite en avant vers une espèce de jungle socio-économique. Jungle dans laquelle, évidemment, la revendication ouvrière n'a plus sa place en tant qu’expression de la volonté de progrès et d 'émancipation des salariés, mais strictement en tant que marchandage sordide sur la dégradation consentie de leur condition.
Dans cette conjoncture, la faillite du syndicalisme de classe est un atout majeur pour les sphères patronales contemporaines.
Pour être précis, il ne s'agît pas en l’occurrence, d'une faillite par erreur ou maladresse, mais bien d'une faillite par trahison et reniement, d’une faillite pour ainsi dire préméditée.
A la vérité, face aux difficultés de l'histoire, les appareils dirigeants ouvriers, au plus haut niveau, ont échangé leur droit d'aînesse contre un plat de lentilles. Ils ne sont plus véritablement l'émanation et l'expression des intérêts de classe des salariés mais de simples rouages administratifs intégrés aux institutions.
A voir leurs membres les plus en vue se pavaner ici et là dans les organismes officiels, (commissions de ceci, conseils de cela et autres moulins à parole dont cette société regorge) et y agissant visiblement en dehors de tout mandat ouvrier, n'est-on pas en droit de les considérer comme pièces nouvelles de l'appareil d'État ?
Par ailleurs cette décadence idéologique est devenue la matière principale de l'éducation vers le bas de la structure syndicale et y fait hélas des ravages dans les rangs qui subsistent encore pour répandre le poison de l'alignement sur les fameuses "nécessités du système.
Ainsi, la ligne de partage entre les éléments d'appareil corrompus, bureaucratiques, et les éléments sains de la conscience ouvrière ne se réduit pas de façon simpliste à une "opposition entre les masses et les chefs". Elle comporte de toute évidence une forte composante verticale. Les faillitaires ne sont pas qu’au sommet. Les "petites pointures", même dans la médiocrité, jouent un rôle considérable sur le terrain.
 
 
ARTICLE VI :Le fondement politico-économique des revendications en société capitaliste.
 
Les revendications ouvrières ne procèdent ni d'états d'âme, ni d'ambitions ou d'exigences sociales inconsidérées ou autres caprices utopiques des salariés telles que la vérité officielle aime les caractériser.
Elles procèdent au contraire d'un caractère phénoménal inéluctable. Elles expriment en définitive l’interaction du subjectif et de l'objectif dans la société de classes et en l’occurrence la pression sociale de la paupérisation relative constante de la classe salariée par rapport à la classe capitaliste, la contradiction grandissante entre le caractère social du travail, de la création de richesses et le caractère privé de l’appropriation, de l'enrichissement.
Dans la société capitaliste se manifeste en permanence la relation de cause à effet entre l'accaparation des biens par la minorité dominante et la dégradation des conditions d’existence du plus grand nombre, le patronat se situant de toute évidence de l'aisance à la fortune et la masses des salariés du mal vivre à la misère (opposition entre exploiteurs et expolités).
 
On mesure de ce point de vue ce que valent les foutaises du réalisme économique, introduit dans le syndicalisme ouvrier comme un prédateur, représentant direct du profit capitaliste et agitateur redoutable du fameux slogan réformiste des revendications dites "réalistes et réalisables".
A la vérité, ce que le travail ne revendique pas, c'est le capital qui ne manque pas de le dévorer, de le dilapider, de le gaspiller dans l’accentuation effrénée de sa dictature sur toute la société.
Or, précisément, les revendications ouvrières se réfèrent à ce que devrait être le niveau historique de développement des forces productives et à ce qui s'en suivrait de progrès pour la condition des masses exploitées, si n'était la charge parasite du profit capitaliste. Tant il est vrai qu’il ne saurait exister de satisfaction revendicative réelle et sérieuse qui ne pèse d’une manière ou d’une autre dans le sens de la réduction forcée du taux général de profit.
 
Pour apprécier cela, la classe salariée éclairée n'a à priori nul besoin de savantes études ou calculs et encore moins de parlotes bon chic bon genre avec les tenants de la propriété économique pour ressentir quand l'existence qu'on lui impose, les conditions qu'on lui fait ou, à l'inverse, qu'on lui refuse, exigent son rejet, son intervention collective.
Ce ressenti profond appartient à l'instinct social des masses, toujours sensible à l'insolence de l’opulence capitaliste, en regard de leur mal vivre. En résumé, les salariés acceptent leur sort ou le refusent, le fondement de la lutte revendicative se réduit à cela.
 
 
 
ARTICLE VII : La nature et l'objet concret de la démocratie ouvrière.
 
La démocratie ouvrière ne saurait s'assimiler à la notion banale et générale de la démocratie en cours dans la société civile capitaliste.
D'une part elle plonge ses racines historiques dans la lutte propre aux couches exploitées du strict point de vue des intérêts d'une classe déterminée (la classe salariée) et dans un cadre antagonique inéluctable. (à l'égard de la classe capitaliste ou de ses fondés de pouvoir.)
D'autre part, elle n'est pas à l'instar de la démocratie générale indiquée plus haut, un instrument arriéré de délégation et de domination politique en tant que caution à des institutions "assises", mais un instrument moderne de progrès d'éducation et d'émancipation, dans des institutions ouvrières en gestation et toujours sur le qui-vive.
 
Enfin, elle a un objet concret et spécifique : le renforcement des positions socioculturelles et l'amélioration constantes des conditions économiques de la seule classe salariée.
Ceci définit de toute évidence, entre l'organisation et ses membres quels qu'ils soient, un type de rapport qui ne peut avoir rien de commun avec la délégation de pouvoir ou de compétence.
Un dirigeant ou responsable syndical n'est donc pas un notable en place pour un simple "mandat administratif". C'est un combattant chargé de mission dans un contexte quasi-militaire et en mouvance continuelle.
Le mandat ouvrier appelle : capacité à l'exprimer, à le mettre en valeur, voire à susciter la volonté et les aspirations revendicatives, mais aussi si nécessaire à mettre en relief sans crainte, par l'épreuve des faits aussi bien que par la réflexion en retour, les erreurs éventuelles de la pensée collective.
Et pour sa part, un participant au syndicalisme de classe au plein sens du terme, n'est pas un béni-oui-oui par rapport au discours, aux pratiques et aux orientations du syndicat.
En l’occurrence, il n'est pas simplement consommateur mais éminemment producteur de syndicalisme.
Il ne délègue ni sa conscience ni sa part de pouvoir. Il ne fait que souscrire à une vision des choses, à un programme, à une action collective, à une organisation permanente, dont il est à la fois partie et juge, créateur et observateur à chaque instant.
On voit à quel niveau de supériorité peut se situer la démocratie ouvrière dans la hiérarchie des valeurs démocratiques propres au genre humain.
 
ARTICLE VIII : La finalité de la démocratie ouvrière.
 
La démocratie ouvrière n'a été que trop opposée à l'efficacité.
Cette thèse est aussi erronée que périlleuse pour les intérêts ouvriers.
Pourquoi ?
Parce qu'elle procède ni plus ni moins que de l'amalgame entre la pensée et l'action, deux choses dont les rapports vont dans la vie, de l'harmonie à la contradiction.
La démocratie ouvrière n'a ni le but de subordonner la pensée à l'action, ni celui d’hypothéquer l'action au moyen de la pensée.
C'est bien selon cette conception échevelée que l'on peut définir une opposition entre l’efficacité et la démocratie.
En réalité le rôle de la démocratie est de concilier la pensée et l'action, ces deux choses humaines ne pouvant se priver l'une de l'autre, sauf à naviguer continuellement dans l'aventurisme. Il est donc bien clair que la démocratie, loin d'entamer l'efficacité d'une organisation concourt au contraire à sa force.
A ce propos et s'il en est besoin, la D.P.I.O rappelle un certain nombre de considérations qui bien qu'évidentes, n'en sont au cours de l'histoire que trop négligées, autant par les dirigeants d'appareils que par les salariés eux-mêmes.
 
La force de la classe ouvrière réside essentiellement dans le nombre de travailleurs suffisamment déterminés pour mener l'action collective et en assumer toutes les difficultés.
C'est le poids de l'action et de l'attitude collective des travailleurs, et non leurs pensées individuelles additionnées qui tranchent la question du rapport de force face à l'adversaire de classe.
Il ne s'est jamais vu dans l'histoire du mouvement ouvrier aucune revendication obtenue par la seule exigence de la pensée, fut-elle unanime.
 
En outre, lorsque la masse est en mouvement, c'est bien la solidité de ses aspirations, amplifiée, canalisée et dirigée par les mots d'ordre et le travail militant collectif qui l'anime et non pas les démonstrations magistrales " au tableau noir".
 
C'est l'action proprement dite qui est l'instrument de confrontation des aspirations ouvrières avec la réalité capitaliste.
Et c'est cette seule confrontation qui vérifie la justesse du cours de la pensée syndicale, la seule chose édifiante en l’espèce étant ce que l’exploiteur cède ou ne cède pas devant la lutte.
Il résulte de tout cela une dualité démocratique dont le syndicat D.P.I.O proclame l'adoption :
a) Il est de la plus haute importance que les membres du syndicat D.P.I.O s'attachent à donner acte à leur organisation des décisions collectives dans lesquelles ils sont en puissance parties-prenantes. En cela, ils participent loyalement à la mise à l'épreuve des décisions collectives majoritaires.
 
b) Mais la loyauté précitée envers le syndicat ne saurait signifier le laminage ou la réduction forcée des opinions ou des désaccords individuels, ce qui a toujours abouti à un dessèchement de la réflexion collective.
En fait, la démocratie n'est qu'un état de sujétion de l'action et non de la pensée. Elle ne consacre la raison de la majorité qu'à l’aide de l'expérience, pour autant que cette raison ait été vérifiée par le cours réel des choses.
En dehors de cette consécration, la pensée de la minorité a somme toute autant de valeur que celle de la majorité tant que le contraire n'a pas été démontré par les faits.
Dans ces conditions, rien ne s'oppose à ce qu’un membre de la D.P.I.O puisse exprimer librement, en tout temps et en tout lieu, à l'extérieur comme à l'intérieur, ses opinions personnelles, même différentes de celles de son organisation.
Bien entendu, cette liberté d'expression individuelle à l'extérieur qui prolonge la démocratie interne ne saurait déboucher sur le fractionnisme. Il ne peut donc s'exprimer qu'une seule pensée collective, cette expression étant du seul ressort des instances responsables." Le titre III des présents statuts définit les bases des dispositions pratiques permettant de concrétiser les principes ci- énoncés.

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25 mars 2007 7 25 /03 /mars /2007 13:09

 

II- DEUXIEME PARTIE :
OBJECTIFS REVENDICATIFS IMMEDIATS ET GENERAUX.
METHODES, PRINCIPES ET MOYENS D'ACTION.
 
ARTICLE I : Revendications et rapports de classe, rôle du syndicat en l'espèce.
 
La conscience ouvrière actuelle est loin d'être imperméable à l'idéologie capitaliste dont l'objet est de grimer les impératifs de profit d'une minorité de privilégiés en nécessité d'effort et de sacrifices pour toute la société.
La résistance à cette corruption idéologique est d'autant plus menacée par les méthodes-pièges actuelles de l’association Capital-Travail, générateur des illusions les plus tenaces dans sa combinaison avec l'individualisme. (actionnariat ouvrier, cogestion et autres gadgets à la mode.)
Mais les revendications ouvrières ne sont pas des marchandises soumises à la loi de l'offre et de la demande dans le cadre niais du "possible ou réalisable" subordonné aux privilèges de la classe dominante. Elles sont à la fois l'objet et le résultat d’un affrontement permanent et inévitable d'intérêts de classe dans laquelle l’appareil syndical doit constituer l’échantillon le plus sensible, le plus vigilant, le plus éclairé et le plus combatif de la classe salariée.
Selon l'analyse développée dans la première partie, elles émanent de la culture politico-économique propre à la classe salariée et à son histoire.
Ainsi les revendications ouvrières authentiques ne recherchent-elles aucun assentiment, aucun aval de l'intérêt patronal ambiant.
Elles n'ont donc pas à se soumettre à des rites ou des institutions de marchandages bureaucratiques, hors du cadre de la lutte concrète des salariés eux-mêmes, et encore moins en être le fruit (avarié).
Elles ne peuvent naître, en toute indépendance, que des aspirations et de l'intellect spécifiques à la classe ouvrière. Elles ne peuvent et ne doivent être portées que par leur seule volonté, leur seule détermination de classe.
 
 
Au total, c'est bien la conscience de leur condition en référence à l'horloge de l'histoire qui est de nature à pousser les salariés à la lutte collective.
Ce qu’est véritablement leur condition à un moment donné n'est que cause, déterminante certes, mais cause parmi d'autres, cadre incitateur ou non, mais, contrairement à la croyance répandue, pas moteur automatique. Car entre "ne plus pouvoir et ne plus vouloir vivre comme l'on vit ", les rapports politiques et idéologiques de la société réelle peuvent constituer un véritable abîme.
 
D'ailleurs, (et fort heureusement) dans aucune des grandes phases revendicatives les salariés ne se sont demandés si leurs aspirations de l'époque étaient "réalisables".
Ils se sont levés en masse, ont fait jouer le rapport de force, et la classe capitaliste à dû concéder, un point c'est tout.
A tous ces moments historiques, la classe ouvrière n'a rien fait moins qu'exprimer sa capacité à dicter le développement matériel de la société, au lieu de le subir.
La logique du syndicalisme de classe n'est donc pas de soumettre la lutte socio-économique des salariés au maintien du capitalisme mais au contraire de considérer que ce système doit avoir une fin et que précisément la dite lutte économique y est liée.
Tout ce qui précède aboutit à une règle fondamentale pour le syndicalisme de classe :
Aucune revendication ouvrière authentique ne peut se poser en dehors d'un rapport de force pratique animé d'une volonté collective clairement établie, prête à en découdre, sinon déjà en mouvement.
 
Il en découle un souci permanent du syndicat, une de ses tâches prioritaires: l' éducation idéologique des salariés, facteur essentiel du rapport de force moral(niveau collectif de conscience de classe).
 
ARTICLE II : La nature des revendications et le niveau de la lutte, les tendances du néo-syndicalisme.
 
En temps normal, ces deux aspects sont indissociables.
En effet, dans la logique du syndicalisme de classe, on ne saurait concevoir des distorsions excessives et durables dans la condition des salariés. Il y va de l'unité de pensée et, partant, du maintien d'un rapport de force latent.
Parallèlement, l'expérience le montre, les luttes les plus prospères et les plus conquérantes sont toujours celles qui bénéficient d’une dynamique ou au moins d'une perspective d’élargissement.
Il est clair enfin que la mobilisation, toutes choses égales par ailleurs, est étroitement liée à la nature profonde des revendications.
En conséquence, la D.P.I.O en tant qu’organisation de classe entend rétablir la pratique effective des principes qui suivent :
1) ne requiert l’attention et l’engagement du syndicat que les situations revendicatives qui sont liées à la condition générale des salariés.
2) La recherche de l'élargissement est un élément permanent de la stratégie et de la tactique revendicative.
 
La corruption bureaucratique a visiblement agi en sens inverse aboutissant précisément à l’atomisation de la conscience ouvrière.
 
Pour remonter le courant, il faut mener de front avec l'organisation : la rééducation, la sauvegarde.
 
S'il est vrai que le syndicalisme de classe est destiné par principe à promouvoir la lutte de masse, lui conférant ainsi son maximum d'autorité sociale, il est erroné d'en déduire :
1) qu’à l'inverse toute lutte de masse engage forcément les intérêts de classe.
2) que le caractère de classe est absent là où l' initiative syndicale ne mobilise pas d'emblée en masse.
3) que le syndicat est là pour flatter la masse, la traiter comme une espèce de clientèle.
 
Ces réflexions s’imposent dans les conditions actuelles de désorientation idéologique des travailleurs, où la manipulation médiatique est devenue rien moins qu'une industrie aux mains des puissances économique et politique du capitalisme.
 
La seule méthode valable pour la réhabilitation du syndicalisme de classe, c'est à dire la manière de déterminer l’engagement syndical D.P.I.O en fonction des thèmes revendicatifs ou éducatifs, est la référence permanente et générale à l'héritage culturel du mouvement ouvrier. Cet héritage est l'édifice de connaissances et de luttes posé sur une base d'économie politique.
 
L'accès à ces connaissances implique l’éducation interne du syndicat lui-même.
C'est donc en fonction de son niveau d'éducation et non en fonction de la mode sociale que le syndicat intitulé D.P.I.O détermine dans la mesure de ses forces, le niveau et la nature de son engagement.
 
 
La dérive collaborationniste du syndicalisme contemporain procure aux initiatives de reconstruction telles que la D.P.I.O une position paradoxale et impose une tâche difficile.
En effet, les syndicats traditionnels s’activent à la conversion massive de la classe salariée au trade-unionisme anglo-saxon.
Cette logique syndicale a pour base une escroquerie intellectuelle consistant à présenter le capitalisme comme une société linéaire, démocratique, égalitaire en chances, révérante à l’effort et à la valeur de l’individu.
Cet ersatz idéologique agît comme un stupéfiant social "normalisant" les dures et impitoyables réalités du système en place.
Les thèmes revendicatifs, les rapports sociaux et les méthodes d’actions y font naturellement allégeance dans une espèce de "compromis historique" particulièrement répugnant.
C’est ainsi que d’une part, les grands objectifs syndicaux anciens sont soit édulcorés pour adaptation aux besoins du "marché" (ex : réduction du temps de travail), soit ouvertement abandonnés (ex : références conventionnelles ou statutaires, conseils d’ateliers ou de bureau etc.) et que d’autre part, des modes sociologiques et des solutions toutes faites modelées sur les impératifs de profit subrogent la conscience ouvrière en éliminant des critères d' emploi toute considération humaine liée aux besoins ou droits fondamentaux. (Domicile, santé, besoins et actes courants de la vie matérielle et morale.)
Enfin on observe un phénomène d’enrôlement insidieux du débat et de l’action syndicale dans les choix internes à la politique industrielle, voire militaire du capitalisme (ex : armement, dangers industriels, rémunération des P.D.G, etc).
Pour résumer, le syndicalisme indiqué sert à la classe salariée une camelote revendicative qui n’est pas la sienne.
C'est donc sur la base du reniement de son héritage économique et socioculturel propre que les syndicats officiels mobilisent ou du moins tentent de suborner la masse des salariés.
Même si la déchéance syndicale est à présent un fait largement reconnu, il ne faut à aucun moment sous-estimer l’emprise de ce néo-syndicalisme dans lequel tout le marais syndical est à présent installé.
L’intervention in-fine des salariés n' y constitue qu' un simple rituel, subordonné au MONOPOLE INTELLECTUEL d'une bureaucratie tout entière acquise au système.
Il y a là une redoutable solution de facilité, en face de la nécessaire prise en main globale et indépendante, par les salariés eux-mêmes, de leur réorganisation, de leurs revendications de classe, et de la maîtrise absolue de leur lutte.
 
Il est clair que la D.P.I.O, telle qu'elle se définit, essentiellement en tant qu’initiative de reconstruction, ne peut à aucun prix faire figurer son sigle dans cet espace de trahison, liquidateur à terme de toute conscience de classe.
Et c'est là à la fois le paradoxe et la difficulté. La masse des salariés, soumise à un véritable dévoiement par rapport à ses aspirations naturelles se trouve mobilisée, souvent malgré elle, dans la promotion d’un modèle social qui l'emmène tout droit à sa perte.
A côté de cela, la conscience ouvrière de classe est marginalisée et sous haute surveillance.
Qu'elle vienne à déborder les appareils et elle passe aussitôt sous le coup de leur sabotage dont l' objet visible est invariablement la soumission de toute lutte au parlementarisme syndical agréé et inoffensif. On a vu cela dans le grand mouvement de la fin 1995.
C'est pourtant à partir, notamment, de cette minorité de conscience collective, qui plus est au-delà de certaines attaches affectives ou psychologiques subsistantes avec les appareils traîtres, que la renaissance du syndicalisme de classe doit se faire.
Par ailleurs, cette minorité est aussi mêlée au mouvement social et à l'action syndicale concrète, contrôlé par le néo-syndicalisme.
En résumé, le rapport traditionnel entre classe et masse est radicalement inversé.
Dans le principe du syndicalisme de classe en effet, c’est le caractère de classe des revendications qui mobilise les masses et engendre le mouvement social réel.
Dans le mouvement social actuel, c’est la mobilisation de fait des masses sur la base des prétentions patronales maquillées qui évince les intérêts de classe des masses. C'est la croyance insensée en un capitalisme pouvant soi-disant remédier à ses propres maux qui pilote bon gré mal gré la conscience collective.
La D.P.I.O se trouve donc dans la situation de déclencher la séparation des éléments nobles subsistant, de leur gangue de corruption.
Elle doit en même temps faire école pour les "sans papiers du syndicalisme" qui sans aucun doute se trouvent dans les générations montantes.
On voit aisément que selon ce programme, la revendication et partant l'action revendicative proprement dite, s'inscrivent pour l’instant autant au titre des moyens qu’au titre des buts.
Au total, dans le domaine revendicatif concret, La D.P.I.O se pose dans sa phase actuelle, en éducateur, en indicateur de chemin, en dénonciateur de trahison, et le cas échéant en stimulateur des éléments nobles. Ses membres sont naturellement présents en tant que militants ouvriers dans toute situation qui présente intérêt à ses buts mais en aucun cas son sigle ne cautionne les appareils traditionnels ni leur marchandise réformiste.
 
 
 
ARTICLE III : Les revendications ouvrières modernes.
 
 
La réhabilitation du syndicalisme de classe doit prendre élan non pas dans une prétendue nouvelle donne des rapports économiques au sein du capitalisme(idéologie chère aux sycophantes du système) mais éminemment dans un nouveau positionnement des thèmes revendicatifs.
En fait, la lutte économique de classe entre nécessairement dans sa phase supérieure.
Alors que jusque là, il s’agissait d’un combat pour la dignité et les conditions du travail donc l’existence des salariés dans le système, il s'agît dorénavant d'envisager la question cruciale des finalités, des conséquences du travail social avec pour point de repère la remise en cause du système en place.
Il est clair que cela remet au premier plan le fondement, la raison d'être si l'on peut dire de la lutte de classes, à savoir : la question de la capacité de pouvoir économique des salariés, face au poids institutionnel de la propriété privée des moyens de travail qui est la base du capitalisme.
Car le cœur du débat sur le syndicalisme moderne est bien là. Dans un antagonisme accentué du travail et du capital et non dans leur conciliation.
Dans cet esprit, point n'est besoin de gros effort intellectuel pour observer la dérive actuelle, vertigineuse, des conditions d'existence de la classe salariée. Dérive qui consiste en un assujettissement accru de la vie du travailleur dans son intégralité aux impératifs dévorants et sans limites d’un système de production-consommation confinant à l'absurde, course infernale qui n’a au fond de nécessité et d’utilité que le maintien et l'accentuation des privilèges d'une poignée de profiteurs.
L’objet moderne du syndicalisme de classe s'assimile en définitive à un acte historique : faire barrage offensif aux malversations du capitalisme contre la condition humaine à tous égards.
Ainsi les revendications ouvrières doivent-elles ne plus se contenter de constater, de subir la production, le travail, d'en combattre les dégâts physiques, moraux et sociaux à posteriori. Elles doivent antérioriser leur objection aux dégâts de l'économie, passer de la conséquence à la cause, attaquer à la base du mal, et en conséquence viser l’interdiction à la source de telle ou telle production, de telle ou telle méthode ou système de travail. On est ici, par exemple, aux antipodes de la gestion du mal-travail par la compensation quelle qu'elle soit.
Naturellement, cette nouvelle et grande perspective revendicative ne saurait s'assimiler à aucune des notions à la mode de cogestion ou de contre-pouvoir.
Il ne s'agît pas en effet pour les salariés de céder au mythe de la culture "ouvrière" d'entreprise, c'est à dire à la grande illusion du bienfait social de "l'avis syndical dans les choix du capital".
Non, il s'agît bien au contraire, d'une stratégie de combat fondée sur une culture socio-économique indépendante, extérieure au système en place, et anticipant sur sa liquidation.
 
 
 
ARTICLE IV : Droit ouvrier, Statuts et Conventions.
 
La période actuelle est caractérisée par un dangereux corollaire à la déchéance du mouvement ouvrier : l’attaque permanente des références écrites en tant qu’elles expriment les incidences historiques des luttes et en conséquence les acquis ouvriers arrachés aux exploiteurs.
 
C’est ainsi que les textes statutaires ou conventionnels sont la cible d’une édulcoration de fond, sinon le plus souvent d’une liquidation de leur essence présente ou récurrente, au profit de la sauvegarde des privilèges de la classe capitaliste.
(L’expression la plus récente et la plus spectaculaire de cette tendance étant le processus politico-économique de liquidation du service public PTT, sous le signe de la démolition programmée du statut général des fonctionnaires !).
Ces privilèges se confortent toujours plus dans les institutions qui leurs sont traditionnellement favorables telles que les milieux parlementaires, législatifs et juridiques.
Un seul exemple suffit pour comprendre dans quel sens ces privilèges s’expriment à l'encontre du monde du travail : la législation rampante et hypocrite sur le travail de nuit pour les femmes !
Certes, il convient de ne pas considérer les choses à l’envers, c’est à dire les textes légaux en tant que référence absolue aux luttes "possibles ou impossibles".
Mais avec l’entrée des sphères syndicales corrompues dans ce jeu de massacre, la défense dans le sens de la réhabilitation et même du progrès de tout texte codifiant le droit ouvrier en général (code du travail, statuts publics ou privés, conventions collectives etc.) est une des tâches présentement incontournable pour toute reconstruction syndicale.
 
ARTICLE V : Participation aux institutions dites "représentatives".
 
Bien qu’elles résultent dans leur ensemble des acquis de la lutte de classe économique, les institutions élues (ex : délégués du personnel, comité d 'entreprise, commissions paritaires etc.), sont à considérer comme historiquement dépassées.
Dans ce domaine, il est clair que les besoins de la classe salariée appellent une dimension supérieure en ce qui concerne ces moyens disons "parlementaires propres" (lesquels ne sont à confondre en aucun cas avec des moyens d’intervention).
Au surplus, la collaboration des syndicats traditionnels à la stratégie patronale contemporaine n 'a fait qu'accentuer et accélérer leur désuétude.
Mais la période actuelle en posant brutalement la question de leur liquidation de fait par l' action patronale redonne paradoxalement à ces moyens, à ces institutions, un regain d'intérêt conjoncturel.
En effet, ces institutions, même malades, même moribondes, même dépassées, constituent encore un obstacle aux ambitions dévorantes de la classe exploiteuse.
De ce point de vue tout relatif, il vient un devoir au moins momentané de toute initiative syndicale : les défendre et les faire vivre, y participer le cas échéant afin d'y acquérir à la fois une tribune et une source d'information, strictement au service de l' action syndicale indépendante.
Mais pour l'organisation D.P.I.O et compte tenu de ce qui vient d'être dit, la dernière partie de la phrase s'accommode d'une condition incontournable : aucune participation ne saurait connaître d 'utilité et encore moins de sérieux avant ou en dehors d'un niveau suffisant d'organisation et d'audience.
La bonne méthode pour garantir le retour à l'indépendance revendicative (ferment décisif de la reconstruction), c' est le point d'appui organisationnel d'abord et l'entrée dans les institutions ensuite, mais pas le contraire.
 
ARTICLE VI : Les moyens de la lutte économique de classe.
 
Dans le désordre idéologique ambiant, on ne saurait prétendre parler de l'action revendicative et de ses méthodes en dehors du rappel du principe fondamental de la lutte économique de classe.
On utilise volontiers l'expression "rapport de forces" mais on oublie trop souvent sa signification profonde.
Ce terme souffre de nos jours d'une forte dégénérescence psychologique.
Ainsi a-t-on tendance à croire que la force d'expression d'une revendication doit suffire à son obtention.
Certes on ne saurait nier, en particulier à cette époque de grande médiatisation, l'importance et parfois l’effet de l’expression sur l’évolution d'une situation de conflit.
Mais il ne s’agît là en vérité, que d’une dimension purement politique des choses.
A vrai dire, le mot " force" en l'espèce, implique, pour ne pas dire "contient", la capacité et en tous cas la réelle volonté de porter à l'adversaire un préjudice économique effectif.
En dehors de cela, il n’y a que bavardage libéral, et non lutte de classes.
Le mouvement ouvrier est né précisément par la prise de conscience de cette capacité des salariés, moyennant un certain nombre de conditions (notamment organisationnelles) à causer au capitaliste un préjudice économique de nature à le contraindre à la capitulation sinon, pour le moins, à la concession revendicative.
Ainsi, la question qui se pose à toute lutte économique, n'a à la base rien de psychologique.
Il s’agît simplement de savoir ajuster le niveau du préjudice visé au niveau de la revendication, en sachant que la revendication constitue elle-même un préjudice pour le capitaliste.
C'est cet ajustement, théorique à priori, qui doit être mis à l'épreuve dans l'action, étant entendu que l'action, de son côté pourra occasionner un certain préjudice aux salariés eux-mêmes, et qu'il convient de toute évidence que ce préjudice, si l'on ne peut le faire ravaler au patron dans le mouvement, devra être largement épongé par la situation nouvelle issue de la lutte.
En fait cet utile exposé n'est rien d'autre qu'une espèce d'équation sociale, laquelle comme on peut le penser est déjà suffisamment délicate à résoudre pour qu'on puisse y négliger le rôle majeur de la conscience et de la détermination ouvrière, ou y ajouter par dessus le marché les poisons de la collaboration de classe(compromission, lâcheté, ententes secrètes, etc.), autant de choses qui sont devenues ni plus ni moins que les assises du néo-syndicalisme, quelque soit le niveau considéré.
Vu de cette manière, la question posée par toute lutte est purement pratique :
Lequel des deux camps, autrement dit laquelle des deux classes, concevra la première que prolonger le conflit lui causera plus de préjudice que de bénéfice.
La réponse à cette question est on ne peut plus claire quant aux tâches du syndicat. Elles doivent consister notamment à élaborer les moyens de l' action et à diriger leur accomplissement dans la recherche d' un rapport des préjudices le plus défavorable possible au patron.
En définitive on perçoit que le rapport de force n'est autre qu’un rapport de préjudices supportables ou non.
 
 
 
ARTICLE VII : Le préjudice économique au capitaliste.
 
En terme d'économie politique il n'est pas d'autre préjudice possible en dernier ressort que la perturbation effective du procès de travail, donc de la mise en valeur du capital.
Cette situation est en effet la seul à atteindre le patron dans ses intérêts fondamentaux, entraînant par principe, selon les mécanismes du système économique : perte directe de profit et dans beaucoup de cas, dépérissement de capital, c'est à dire nouvelle perte ultérieure de profit par répercussion.
Pour cela, il est évident que cette perturbation, quelle que soit sa forme ou son objet, ne doit à aucun prix être compensée du fait des salariés eux-mêmes, faute de quoi, le préjudice indiqué se trouve fortement minimisé, voire totalement effacé.
Dans cet ordre d’idées, la grève est et demeure indéniablement le niveau supérieur de la lutte syndicale, à côté duquel tout autre n’est que préliminaire.
Il faut se persuader en effet que toute action qui marque des points sans recours à ce niveau supérieur le doit exclusivement à la mémoire encore présente d'un rapport de force antérieur ou à la crainte d'un rapport de force en constitution sous le signe de la grève.
 
Naturellement, la grève n'est pas une arme qui s'utilise à tort et à travers car pour être la plus noble et la plus puissante dans la lutte économique des salariés, son utilisation à des fins vaguement thématiques autres que le progrès de la condition ouvrière, ponctuel ou général, ou sous des formes insuffisantes et sans lendemain, ne font que décourager et dissuader la lutte.
Au total, la grève reste dans le champ de l’inefficacité aussi bien par excès que par défaut.
Cet état de choses est le propre de l'opportunisme syndical officiel, illustré depuis au moins deux décennies par la mode ridicule des "grévettes" et autres "journées d’action" éparpillées et à répétition agissant comme une véritable sangsue sur la combativité des masses.
Il résulte de ce qui vient d'être énoncé que la grève appelle dans tous les cas un sérieux travail de préparation, donc la permanence de la confiance et de l'estime entre le syndicat de classe et les salariés mais surtout que la question fondamentale qui se pose par rapport à la grève, plus que pour tout autre moyen d'action préliminaire, est bien celle de l’adéquation entre les enjeux revendicatifs et la dimension de l’action.
 
 
ARTICLE VIII : Vie syndicale, identité culturelle de classe, audience et crédibilité, mots d'ordre.
 
Cet ensemble de notions est un tout indissociable.
La question du mot d'ordre est enracinée dans l'histoire même du mouvement ouvrier. Le mot d'ordre, axe du syndicalisme de classe, se présente sous un double aspect : d'un côté l’aboutissement de la vie syndicale et de l'autre le point de départ de l'action revendicative proprement dite.
Il ne fait qu'exprimer la nature profonde et spécifique du syndicalisme en tant que système de rapports permanents entre la réflexion et l'action dans un groupe social déterminé.
Pour cette raison, il ne saurait se concevoir en dehors d'une vie syndicale nourrie, facteur déterminant pour l’entretien et le développement constant de l'identité culturelle ouvrière comme base de la crédibilité et de l'audience syndicale.
De la même manière que l'on ne saurait concevoir de rupture ou d'opposition morale entre une structure humaine avancée et les intérêts et la classe qu'elle est censée représenter on ne saurait concevoir de vide ou d'absence entre l’action et la réflexion.
On voit mal en effet comment une action revendicative pourrait avoir la moindre chance de succès en dehors de toute coordination ou direction de mouvement, chose pour laquelle le mot d'ordre constitue le point de repère minimum en même temps que le facteur de déclenchement de l'action.
Mais on voit mal également comment un mot d'ordre peu avoir un quelconque crédit en dehors d'une vie syndicale nourrie, donc en toute négligence de l'identité culturelle ouvrière, c'est à dire en définitive en l'absence d’une quelconque autorité morale de la structure dont il émane.
Or cette autorité, âme, pour ainsi dire, de l'idéologie ouvrière n’est nullement le quotient immédiat des réussites et des échecs.
La raison d'être du mot d'ordre, ce n'est pas tant la réponse favorable ou non qu' il reçoit de l'attitude des salariés que la nécessité d'être juste et donné au bon moment.
Ce qui procure l'autorité morale et la confiance à une organisation ouvrière, c’est la répétition des mots d'ordres justes et donnés quand il faut, agissant peu à peu dans les consciences par leur cohérence et permettant à l'organisation de faire corps avec la masse.
C'est seulement dans ces conditions que l’osmose sociale peu avoir lieu et permettre de réels progrès de la condition ouvrière par un ensemble de petites victoires qui viennent en leur temps et de grandes qui affirment périodiquement la volonté générale des salariés.
D’un côté, la structure syndicale n'est ni un prestataire de services ni un donneur d’ordre.
De l'autre côté, la masse n’est ni une clientèle, ni une armée à la disposition d'un état-major.
Le syndicalisme de classe a déchu parce que les organisations qui s'en réclamaient se sont mises à confondre le mot d'ordre avec un acte publicitaire, lié à la vente d'une certaine marchandise (action), donnant obligatoirement un retour réparti en succès revendicatif d'une part et montée d'audience d'autre part.
Ainsi ont-ils substitué la vénalité à la conscience de classe, se souciant toujours plus de l'adéquation entre le mot d'ordre et son suivi probable et toujours moins de l'adéquation entre la situation faite aux salariés et le niveau du mot d'ordre qui en découle.
C'est de cette manière que les appareils, tels des mouches du coche, sont passés derrière le mouvement revendicatif économique, puis carrément aux ordres des intérêts patronaux.
A la vérité, le processus de l'organisation syndicale est un processus historique d’émanation. Le groupe social, voire la classe tout entière se donne peu à peu un appareil, instrument qui semble séparé de la masse mais qui en réalité, continue à en faire intimement partie.
La nécessité fonctionnelle de l'appareil ne saurait déboucher sur une quelconque inféodation bureaucratique de la masse, pas plus que les intérêts de classe ne sauraient demeurer dans leur adolescence, sans direction, et livré aux humeurs ou aux impulsions de l’anarcho-syndicalisme.
Ainsi, le mot d'ordre c'est à dire l’appel descriptif concret émis par le détachement ouvrier organisé que l'on nomme syndicat n’a dans son principe historique rien d'un vulgaire commandement qui serait donné par une élite ouvrière à une masse sans esprit.
Le mot d'ordre est véritablement le résultat d’une activité, d'une vie syndicale permanente, faite de contacts soutenus et de liens matériels et moraux étroits entre la classe salariée et un instrument fait de sa substance profonde.
Le mot d'ordre, fruit d'une osmose parfaite entre l'organisation et la masse excluant toute enquête et autres sondages ridicules, c'est, en définitive, la classe salariée qui s' adresse à elle-même, pour se dire l'action du moment nécessaire au mieux de ses intérêts.
C’est le moyen irremplaçable pour la détermination sans ambiguïté des salariés, I'éclairage de leurs luttes par la traduction de leur pensée collective, l'instrument de mesure de leur volonté d'agir, le guide de leur action, à la fois indicateur et générateur du rapport des forces, en grandeur nature.
 
Le fait que le mot d’ordre ait une apparence de consigne de comportement "allant d’un cercle réduit de gens spécialisés à la multitude des salariés" n'est qu'une simple coïncidence de forme. Au fond, le mot d'ordre est tout sauf un ordre !
A ce titre, il ne peut poser problème que là où manquent la conscience, la vie et la pensée collectives, entretenues et développées par une activité syndicale permanente.
A l'inverse, l'absence de mot d'ordre, c'est à dire le suivisme syndical, n'est qu'une forme purement factice de démocratie qui s'affirme lorsque l’indépendance revendicative disparaît, lorsque la classe ouvrière est coupée de sa propre autorité pour être subordonnée à celle du capital.
Dans le cadre du syndicalisme de collaboration, le mot d'ordre se voit nécessairement substitué le fameux "démocratisme" de l'opinion moyenne" des travailleurs devant laquelle n'existe aucune position syndicale solide. On aboutit ainsi à la négation de l'objet historique de l'appareil syndical ouvrier : le maintien du lien indispensable entre la pensée et l'action collectives.
Au total, absence de mot d'ordre signifie avant tout absence de confiance, absence de fonctionnement habituel, absence de vie syndicale réelle, une spirale de régression continuelle de l'action et de la lutte qui aboutit finalement à l'immobilisme le plus total, les salariés attendant ce que va "faire ou proposer le syndicat" et le syndicat, de son côté, se consacrant à la gestion tranquille de l'apathie qu’il a semée chez les travailleurs, de leurs aspirations revendicatives toujours plus insaisissables.
Toute l'histoire du mouvement ouvrier et de la pratique syndicale a déjà démontré cela à plusieurs reprises, et la dernière période vient encore de le confirmer.
 
Neutraliser les luttes et liquider les revendications. Tel ne peut être que le seul résultat à terme de la disparition de la pratique du mot d'ordre.
La D.P.I.O s'attache donc à réhabiliter la pratique des mots d'ordre nets et responsables, pratique délibérément abandonnée par l'ensemble des organisations traditionnelles.
 
 
 
ARTICLE IX : Les dimensions et la nature de la lutte, la position du syndicat de classe.
 
S'il est clair que la grève est le moyen le plus fort de la lutte économique et que l'élargissement maximum doit toujours être visé, la dimension de l’action syndicale n'obéit pas qu'à des considérations théoriques. Les données objectives d'un conflit sont souvent contradictoires, imposant la synthèse entre la situation sociale générale, l'état de santé idéologique du mouvement ouvrier, ou plus élémentairement, les conditions spécifiques de telle ou telle branche d'activité à un moment donné et l’ambiance sur le terrain.
Par ailleurs, toute initiative syndicale bien menée, c'est à dire dans le souci de base des intérêts de classe apporte forcément une pierre à l'édifice d'une lutte future plus forte.
C'est par rapport à cet ensemble d’idées que se détermine la nature, les objectifs et partant, la forme et dimension de la lutte, forme et dimension pour lesquelles le syndicat à le devoir de se trouver dans tous les cas en position clairement avancée et responsable, que cette position soit incitative ou simplement représentative.
Cette nécessité d’être en position avancée, ce qu’il convient d’assimiler à une position dirigeante, exclue tout naturellement le fait de se borner à suivre les effets spontanés du mécontentement, et encore davantage le fait d’accompagner les salariés dans l’erreur.
 
Ainsi n'y a-t-il pas d’incohérence pour le syndicalisme de classe à assumer autant les luttes de sauvegarde que celles de conquêtes.
 
 
 
ARTICLE X : La grève générale, stade suprême de la lutte économique de la classe salariée.
 
Le mouvement économique assurant la promotion et le progrès des intérêts de classe connaît sur fond de processus historique, beaucoup d'éléments aléatoires.
Développement inégal de la conscience ouvrière selon les périodes et selon les branches, difficultés ou crises sectorielles décalées dans le temps, ambitions ou réflexes patronaux soumis au plus pur des hasards, sont autant de facteurs qui déterminent une espèce d’ébullition revendicative, permanente certes, mais qui n'atteint jamais ni le niveau ni l'ampleur susceptibles de modifier notablement les rapports économiques antérieurs.
Cette modification n’intervient que par les luttes exprimant la cohésion de classe de l'ensemble des salariés.
Si donc, comme il ressort des divers exposés précédents, il n'y a aucun lien rigide entre la dimension d’une lutte et le caractère de classe des revendications en cause, en revanche, le succès des grandes revendications historiques ne saurait résulter que des grandes mobilisations sociales.
 
La caractéristique essentielle de l’économie capitaliste est l'interdépendance croissante des secteurs d'activité.
Selon les conflits, on peut apprécier cette interdépendance de façon très diverse.
La production et la consommation ont également une forte tendance à s'universaliser à se standardiser, les échanges entre les secteurs et branches économiques sont d'autant plus tributaires des perturbations que le capital marchandises (stock) a connu dans ce dernier demi- siècle une substantielle réduction et que d'autre part une masse considérable de services sont entrés en lice, soit indirectement dans le procès de production des marchandises, soit directement en tant que moyen de consommation proprement dit.
De ces faits indubitables qui attestent la vulnérabilité croissante du capitalisme face au mouvement ouvrier, on pourrait tirer faussement l’idée que les thèmes revendicatifs pourraient désormais se traiter par secteur, par branches, par entreprise, le système se voyant contraint pour ne pas être paralysé dans son entier, de céder partiellement, ici ou là.
Or, l'expérience du corporatisme "moderne" adopté par les renégats au syndicalisme de classe montre qu'il n'en est rien.
En fait, si le capitalisme est effectivement devenu plus vulnérable, par son évolution, disons, organique, il a su en même temps se doter de protections appropriées, tant politiques qu'économiques.
On l'observe notamment dans les mouvements les plus durs, essentiellement dans les services, où il a su se doter de structures de secours, parfois clandestines, ce que la crise de l'emploi et son corollaire le sous- emploi du capital fixe, facilitent d'autant plus.
Par ailleurs, il convient de reconnaître l'importance de la tactique d'isolement et de pourrissement politique des luttes dont l’instrument actif est constitué par les médias modernes.
 
Ceci fait que la stratégie appropriée au combat économique actuel de la classe ouvrière doit s'inscrire dans la perspective proclamée de la grève générale.
 
De plus, cette nécessité s'affirme d’une urgence sans précédent, dans un contexte général particulièrement désastreux pour le mouvement ouvrier, puisqu’il s'agît à présent de refouler le recul historique de la condition salariée.
Naturellement, tout comme n'importe quelle action à n'importe quelle échelle, la grève générale a besoin de mot d'ordre, selon les principes exposés, c'est à dire, dans la confiance et l'autorité morale enfin retrouvées.
On voit d'ici la tâche à accomplir pour y parvenir.
 
La D.P.I.O se déclare donc partie prenante de cette immense tâche préparatoire en prônant constamment la grève générale.

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